*Attention*

 

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*Mise en garde*

Ce blog est destiné aux lecteurs et lectrices de yaoi.

Contient des scènes explicites homosexuelles.

Pour ceux qui pourraient être choqués, s'il vous plaît passez votre chemin.

Seidou Yaoi

  • : Le Sanctuaire d'Anémone
  • Le Sanctuaire d'Anémone
  • : Bonjour à tous! Voici donc mon blog yaoi, entretenu avec soin juste pour vous! Ici, vous pourrez lire mes histoires, découvrir mes petits coups de cœur et partager avec moi vos impressions! Bonne lecture!
  • : 29/09/2010
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Le proverbe d'Anémone

Peu importe le nombre de chutes,

 c'est seulement en tombant

qu'il nous est alors possible de se relever

et d'atteindre la réussite.

 


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Sans attaches

Sans attaches, mon cher amour,

Ton corps pâle que je parcours,

Svelte et touchant de candeur,

Ma langue goûte de sa saveur,

 

Sur ta peau tiède en sueur,

Frisson d'attente et de peur,

Tes lèvres ouvertes soupirent,

Dans les affres du plaisir,

 

Mon amant, mon élixir,

Tu me pousses vers le désir,

Sans cesse, toujours plus, gémis,

Je ne me lasse pas de tes cris,

 

En toi, mon esprit s'oublie,

Et ta loyauté, je prie,

Puisqu'à l'aurore naissante,

Ton visage encore m'enchante,

 

Cruel amant, tu me hantes,

Tu m'as jeté dans l'attente,

J'ai perdu mon assurance,

Je connais la déchéance,

 

De toi, je caresse l'absence,

Le souvenir de l'innocence,

Déjà fanée, déformée,

D'un enfant que j'ai aimé,

 

Mais je me suis fourvoyé,

Ton doux regard m'a trompé,

J'ai pris l'amant pour l'enfant

Mais l'enfant était l'amant,

 

Idiot, que n'ai-je pas vu avant,

Que tu étais trop avenant?

Sans attaches, cher amour,

Oui, jusqu'au levé du jour.

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Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 18:41

Est-ce que j'ai l'impression d'être franchement détestée?

Absolument!

Mais bon, j'estime que je mérite votre rancune pour avoir promis des chapitres pour Pâques, de ne pas en avoir publié et en plus, d'avoir été si longue à refaire surface.

Vraiment navrée, je n'ai trouvé le temps d'écrire que tout récemment et je pensais avoir des vacances de Pâques, mais non... Mon programme d'étude n'a offert que deux jours de vacances... Résultat, entre les cours, les projets, de photos, les examens, la voiture qui brise et le travail, à peine cinq heures de sommeil par nuit, c'est trop peu pour avoir l'énergie nécessaire pour pondre un nouveau chapitre.  

Alors j'ai séché les cours d'aujourd'hui pour vous offrir ce chapitre-ci!

 

J'espère sincèrement ne pas avoir perdu votre confiance et j'espère que tous ceux qui venaient régulièrement sur ce blog seront présents pour lire la suite des aventures de Gaby et d'Élia.

Bref, j'arrête de parler et je vous laisse lire!

PS: S'il y a des fautes d'ortographe, n'hésitez pas à m'en faire part!

 

Anémone


 

CHAPITRE VINGT-DEUX

 

Tout mon corps tremblait d’épuisement et j’avais peine à respirer. Mon cœur cognait douloureusement contre ma poitrine et je me sentais aussi épuisé et perclus de douleur qu’après une lutte dans les ruelles de Dublin.

Étendu sur le flanc, Gaby fixait un point que lui seul voyait. Il avait la bouche entrouverte, respirait un peu irrégulièrement et je vis une coulisse de salive sur son menton. Ses yeux étaient mi-clos et chaque muscle de son corps semblait détendu, comme s’il était épuisé au point de ne plus savoir bouger.

Je posai une main sur son épaule, craignant sa réaction. Il ne fit que tourner les yeux vers moi : des yeux las, fatigués, qui avaient peine à rester ouverts. Je préférais de loin ce regard d’épuisement à celui, vide, qu’il avait lorsque je lui avais ouvert la porte.

À ce souvenir, je frissonnai.

Je ne lui avais jamais vu une telle expression d’abattement, de renoncement. Il semblait alors être une coquille vide, un corps sans âme. On aurait dit le regard d’un mourant qui aurait abdiqué face à la mort.

Il n’y avait eu ni détresse, ni colère, ni peur….

Rien!

Et c’était ce rien qui m’avait affolé.

La première chose qui m’était venu en tête avait été de lui soutirer une réaction. N’importe laquelle, mais il devait réagir.

Ce regard qu’il avait eu, je l’avais déjà vu.

Dans les yeux de ma mère peu de temps avant sa mort, lorsqu’elle avait renoncé à se battre pour vivre.

C’était un regard d’abandon, de la plus grande et complète lassitude qui soit. Le regard de celui qui n’a plus la force de vivre.

Étendu sur le flanc, Gaby avait fermé les yeux et sa respiration s’était faite régulière. Les cernes violets sous ses yeux aux cils interminables lui donnaient l’apparence d’un malade. J’observai attentivement son corps : sa peau me semblait plus pâle, plus livide qu’ivoirine et ses cicatrices rosées, certaines rouges ou blanches, me paraissaient plus imposantes et nombreuses qu’à l’habitude. Il avait perdu beaucoup de poids : mince, il était à présent à la limite de la maigreur. Je pouvais voir les petites bosses que formait sa colonne vertébrale sous la peau de son dos. 

Gabriel, mon Gabriel…

Je passai mes doigts sur la marque pourpre à son épaule, là où mes dents s’étaient plantées dans sa chair. Quelques gouttes de sang perlaient à l’endroit où mes canines avaient mordu. Des bleues se formaient déjà un peu partout sur son corps, notamment à sa nuque et ses genoux étaient écorchés par le tapis du salon.

Qu’est-ce que j’avais fait?

La réponse me vint : j’avais paniqué, je n’avais pas réfléchi.

J’avais agis.

J’avais fais la seule chose que je pensais pouvoir faire afin d’obtenir de lui une quelconque réaction, qu’elle soit positive ou négative. De la colère ou du plaisir.

J’avais obtenu les deux.

Une expression de jouissance extatique et une colère et une rage sans nom. Si je l’avais laissé faire alors qu’il se débattait pour se redresser quelques minutes plus tôt, nous nous serions sans doute battus sauvagement. Dans mon état d’excitation avancé, j’aurais répondu à ses coups avec d’autres coups. Et me battre avec Gabriel, même dans un instant où la folie nous submergeait tous deux, était une chose que je tenais absolument à éviter.

Doucement, avec d’infinies précautions, je glissai mes mains sous son corps et le soulevai du sol. Son ventre était couvert de sperme et il était humide de transpiration. Ses cheveux encore mouillés dégouttèrent sur le sol alors que je me rendais à notre chambre.

Doucement, je le posai sur le lit, allumai la petite lumière de chevet et me rendit à la salle de bain pour prendre une serviette humide. Avec tendresse, la main légèrement tremblante, j’essuyai de son corps les traces de nos ébats. Il avait saigné lors de notre accouplement sauvage, mais très légèrement, l’eau et ma salive ayant aidé lors de la pénétration et le fait qu’il n’ait ressenti aucune peur m’avait permis de m’enfoncer en lui sans rencontrer d’obstacle. Il n’avait pas été crispé, mais très détendu à cet endroit, comme s’il n’attendait que de sentir mon sexe en lui.

Je caressai du bout des doigts les contours de sa bouche satinée qui s’entrouvrit à mon contact. Je sentis son souffle chaud sur ma peau et poussai un long soupir avant de m’obliger à le border puis à quitter la chambre après avoir fermé la lampe de chevet.

 

L’eau chaude de la douche me brûla le côté des cuisses, là où Gaby m’avait griffé assez profondément pour faire couler le sang. J’avais également des commencements de bleus, là où ses doigts s’étaient crispés sur mes cuisses et mes fesses alors que je l’obligeais à me sucer.

J’avais tout fait pour qu’il oubli ce qui l’avait rendu dans cet état de mort-vivant.

Dans cet état d’agonie volontaire.

L’eau brûlante qui ruisselait dans mon dos ne parvenait pas à chasser mes tremblements.

J’avais peur.

Pour la première fois de ma vie, une peur irrationnelle me tenaillait et je ne parvenais pas à réfléchir. 

Gaby, mon Gabriel, mon ange…

Ma seule lumière était en train de s’éteindre et j’ignorais comment lui redonner son éclat. Je savais seulement que je ferais tout, absolument tout, pour l’empêcher de mourir.

Quitte à chasser toutes les ombres qui menaçaient de l’engloutir.

J’étais prêt à tout pour le garder avec moi, pour garder son sourire, sa douceur et cette étincelle si particulière dans son regard.

Il y avait quelque chose en lui de brisé, des ombres de souvenirs qui l’empêchaient d’être pleinement celui qu’il aurait dû être. Celui que j’aimais désespérément.

Gabriel était devenu ma seule raison d’être.

En moi, les appels de l’Irlande se faisaient de moins en moins forts, de moins en moins pressants.

La nostalgie des plaines vertes et des falaises surplombant l’océan était toujours présente, mais elle était teintée de l’espoir secret de voir les immenses prunelles sombres de Gaby se teinter des reflets dorés du soleil d’Irlande.

Un jour, je l’emmènerais avec moi.

Je lui ferais découvrir les immenses espaces verts de l’Irlande, ses anciens châteaux, ses routes de campagnes… Je lui ferais sentir le vent frais chargés des odeurs d’Iode de la mer… J’imaginais déjà ses cheveux blonds se teinter d’or à la lumière du jour…

L’Irlande serait toujours chère à mon cœur.

Mais je n’y retournerais pas si Gaby ne m’accompagnait pas.

J’irais là où il irait.

Pour profiter de chacun de ses sourires, de chacun de ses gestes tendres, de chacun des moments que nous passerions ensemble.

Un monde tel que l’Irlande, aussi beau soit-il, ne valait pas la peine d’y être si mon cœur était ailleurs.

Mon rêve, celui que je chérissais depuis ma rencontre avec Gaby, était de retourner sur ma terre natale, en compagnie de celui qui m’était à présent plus précieux que la vie.

Mais pour l’instant, ce rêve me paraissait chimérique, impossible à atteindre.

J’avais tellement peur pour lui. Je souhaitais tellement son bonheur, de toute la force de mon âme et pourtant, je le voyais dépérir, agoniser, comme une fleur privée du soleil. 

Je me sentais impuissant.

La seule chose qu’il m’était possible de faire était de l’empêcher de céder à ses souvenirs, de l’obliger à revenir à la vie chaque fois que son regard s’égarait dans les méandres de sa souffrance.

L’obliger à se souvenir qu’il était encore en vie, par n’importe quel moyen.

Je ne le laisserais pas se laisser dépérir. Je l’en empêcherais, même si ça impliquait des souffrances supplémentaires pour nous deux.

Cette nuit, j’étais parvenu à l’extirper de sa lente agonie. Le moyen dont j’avais usé était cruel, ça avait été à la limite du viol, mais lorsqu’il s’était endormi, ça avait été d’épuisement physique.

Je l’avais poussé suffisamment à bout pour qu’il ressente quelque chose. N’importe quoi valait mieux que ce vide en lui, ce vide immense et cette lassitude de vivre.

Je ne lui permettrais jamais de baisser les bras.

Il allait vivre!

En moi, une détermination nouvelle s’encra. Gaby était un navire en proie à la tempête et moi, j’étais celui qui le ramènerait à bon port. Il s’en sortirait peut-être blessé, plus épuisé que jamais, mais j’avais la conviction que ces nouvelles écorchures sur son âme serait ce qui me permettrait de le remettre sur pied.

 

Je coupai l’eau, devenue tiède, m’essuyai et me rendit à la chambre. Gaby dormait profondément, les trais de son visage détendus. Je m’assis sur le bord du lit et passai mes doigts dans la soie de ses cheveux.

- Je ne te laisserai pas mourir, fis-je.

Je savais à quoi ressemblaient les yeux d’une personne prête à tout laisser tomber. Plus jamais, je ne permettrais à Gagy d’avoir un tel regard.

Je ne le laisserais jamais dépérir, je le relèverais toujours, peu importe le nombre de fois ou l’énergie que j’y consacrerais.

L’idée d’en finir une bonne fois pour toute ne lui avait peut-être pas encore traversé l’esprit, mais je savais que tôt ou tard, elle le ferait.

Et à ce moment, je serais là pour l’obliger à se battre.

Même si cela impliquait que de nouvelles cicatrices marquent son âme déjà tellement fragile.

 

La nuit me sembla trop courte.

Trop courte parce que je craignais de devoir lui faire face à son réveil.

À l’aube, je m’arrachai à sa contemplation et allai à la cuisine préparer le petit-déjeuner. À six-heures trente, le réveille-matin sonna.

À sept heures, il sonnait toujours.

Inquiet, je me rendis à la chambre et trouvai Gaby assis dans le lit, qui fixait ses mains.

Prudemment, j’allai m’asseoir à ses côtés et entrelaçai mes doigts aux siens.

Un long moment passa, le silence brisé simplement par le radioréveil qui finit par s’éteindre de lui-même.

J’ouvris la bouche, afin de rompre cet étrange silence, mais Gaby me devança :

- Hier… Tu m’as fait du mal, fit-il.

Sa voix était enrouée, faible.

- Oui, répondis-je.

- Tu n’as pas de regret, constata-t-il en détaillant l’expression de mon visage.

- Non, aucun.

Je le pris dans mes bras. Il se tint raide, sur la défensive, mais je m’en fichais.

- Hier, j’ai paniqué, avouai-je. Je ne savais pas quoi faire pour que tu réagisses… Tu étais… absent.

Je le sentis frissonner puis ses sanglots me parvinrent, étouffés. Il s’accrocha finalement à moi, de toutes ses forces et je répondis à sa détresse en l’enveloppant dans mes bras. Sa silhouette me sembla désespérément frêle et je sentis ses côtes et ses omoplates trop saillantes. L’os de sa pommette me faisait mal à la mâchoire tellement sa peau était devenue fine.

Je caressai ses cheveux, embrassai le sommet de sa tête et trop rapidement pour qu’il puisse protester, le soulevai dans mes bras et le portai à la douche.

- Prends ton temps, ok?

Il hocha la tête et je sentis dans mon dos son regard pesant, incertain et emplis d’inquiétude.

Lorsqu’il me rejoignit à la cuisine, il était lavé, coiffé et vêtu. Il eut un sourire hésitant et je lui répondis en ouvrant les bras.

Il se réfugia aussitôt contre mon torse, nichant son nez chaud dans le creux de mon cou.

- On prend la journée, lui dis-je. De toute façon, on est déjà en retard. Et personne ne nous en voudra de manquer une journée après que tu te sois évanoui la veille.

- Je me suis ridiculisé, grogna-t-il. Encore.

Je me raidis.

- Non, tu nous as fait une sacré peur. Personne ne s’y attendait. Tu t’es cogné le front contre les casiers assez fort pour inquiéter tout le monde. On t’a transporté à l’infirmerie, le temps que ton frère se pointe pour te ramener chez toi.

- Mmm… Fit-il.

- T’as une bosse, fis-je. Là.

J’appuyai sur le côté de son front et il grimaça.

- Arrête, bordel! Ça fait mal!

Il chassa ma main, agacé, et je ris.

C’était bon de le voir à nouveau ainsi; irascible et soupe-au-lait, mais en pleine possession de toute sa vigueur.

- Qu’est-ce qu’on fait, si on va pas à l’école? Me demanda-t-il en se laissant choir sur le sofa.

Je m’assis en face de lui, sur la table du salon; la nouvelle table de salon, que j’avais pris soin de choisir en bois plutôt qu’en verre. Un accident me suffisait.

- Un film? Proposai-je.

Il haussa les épaules, guère enthousiaste.

- On peut aller marcher? Il fait beau.

Il leva le nez en direction de la fenêtre, vit le soleil, les cristaux de glace à la fenêtre qui commençaient à fondre et hésita :

- On irait… faire les boutiques?

- Tu aimerais faire les boutiques?

- Pas vraiment.

- Café?

- Café. Accepta-t-il.

 

Au final, ce fut le café, suivit de la boutique de CDs, puis je parvins à le convaincre d’essayer quelques vêtements. Je lui dénichai un chandail de laine bleu marin et me trouvai une paire de jeans. J’avais grandit depuis mon arrivée en France et mes pantalons commençaient à être trop courts. Pas assez pour qu’on le remarque vraiment, mais concernant mon physique, j’étais pointilleux. C’était peut-être-là vanité de ma part, mais je me savais de belle apparence et je n’avais aucun scrupule à mettre cet atout en évidence, contrairement à Gaby. Du coin de l’œil, j’observai son visage de porcelaine et ses gestes gracieux. Il n’avait aucune conscience de l’image qu’il projetait, aucune conscience de sa propre beauté. Les gens voyaient d’abord sa silhouette longiligne et menue, puis sa peau laiteuse et bien sûr, l’éclat de ses cheveux pâles, balançant entre le blond doré et le blond vénitien.  Et son regard.

Je n’avais jamais vu de tels yeux, immenses, mélange entre le regard liquide d’un cerf et celui, ambré, d’un fauve.

Sentant que je l’observais, Gaby se tourna vers moi et fronça les sourcils.

- J’ai quelque chose sur le visage? Me demanda-t-il en essuyant l’une de ses joues.

Je me mis à rire face à cette déclaration naïve et adorable. Gabriel se renfrogna un peu plus et je lui assurai qu’il n’avait rien d’étrange de collé sur le visage après quoi il me jeta un long regard empli de suspicion et retourna à sa lecture de l’affiche de film.

- Alors?

- Il y a de bons acteurs, fit-il, encore indécis.

- Je vais acheter les billets, annonçai-je, avant que l’envie de changer d’avis ne lui reprenne … pour la troisième fois!

Le film était bon et voir Gaby captivé à ce point par l’histoire m’arracha quelques gloussements auxquels il ne porta aucune attention. À la sortie du cinéma, il semblait encore perdu dans l’histoire.

- J’aimerais bien être comme ça, finit-il par dire.

- Comme quoi?

- Un super agent secret.

Je m’esclaffai.

- Te battre contre des super-méchants et tout le toutim?

- Pourquoi pas? Ils n’ont pas l’air de penser à leurs problèmes quotidiens, eux.

- Non, ils doivent juste penser à rester en vie.

Le visage de Gabriel changea aussitôt d’expression et je regrettai mes mots. J’ouvris la bouche, dans l’intention de m’excuser, mais il me devança :

- Tu crois que je me suis battu, pour m’enfuir de cet endroit? Me demanda-t-il.

Il s’arrêta devant une vitrine et fixa son reflet, comme s’il posait la question à celui qu’il avait été, à ce moment-là.

- Je crois que tu t’es battu à chaque seconde pour rester en vie. Je ne pense pas que tu aies déjà baissé les bras.

- Qu’est-ce que tu en sais? Peut-être que… que j’ai simplement profité d’une porte ouverte ou…

- Même si c’était le cas, l’interrompis-je, tu es toujours en vie. Tu es encore là, Gaby. Personne ne pourra jamais te traiter de lâche. Ces cicatrices, fis-je en effleurant son flanc, là où la longue striure rougeâtre et boursoufflée le marquait, sont les preuves que tu n’as jamais renoncé à te battre.

Il ne semblait guère convaincu, alors j’ajoutai :

- Combien s’en sont sortis, parmi tous ceux qui ont été portés disparus? Combien, Gaby?

Il secoua la tête, les yeux humides de larmes. Je le pris dans mes bras, embrassai le sommet de son crâne et le laissai reprendre contenance. Lorsqu’il eut cessé de trembler, il se dégagea et sourit, gêné.

- J’ai toujours l’impression de chialer, fit-il.

J’éclatai de rire et lui ébouriffai les cheveux :

- C’est le cas. T’es le plus gros pleurnichard que je connaisse!

Il me repoussa, agacé et contrarié et sa jolie bouille offusquée fit faire un looping à mon cœur. Comment résister à un visage aussi adorable?

- J’aimerais t’emmener quelque part, fis-je.

Il me jeta un regard interrogateur et je lui fis un clin d’œil.

- Pas dans un bar gay?

- Mais non! Le seul que je connaisse, de toute façon, c’est celui d’Aaron.

Il fronça les sourcils :

- C’est qui, Aaron?

- Le type qui tient le seul bar gay de tout ce patelin.

- C’est pas là qu’on a rencontré Joey et ces autres types?

Je fronçai les sourcils au souvenir de Mac et du couple de voyeurs.

- Ouais. Mais on ne va pas là. De toute façon, il est trop tôt et demain on a école. Jamie et Élodie doivent s’inquiéter.

Élodie, surtout, ne pus-je m’empêcher de penser. Elle tournait autour de Gaby comme une vraie mère poule.

- Mmm… Fit-il. Alors, où on va?

Je souris et haussai les épaules.

- Tu verras.

 

- Un sex-shop? Aboya-t-il en fixant la vitrine de la boutique.

Je sentis mon sourire s’élargir un peu plus malgré moi devant la fureur de Gaby. Il plissait les yeux en observant les mannequins vêtus de latex et de cuir dans la vitrine et munis de fouets. Il semblait dégoûté et curieux à la fois, incertain de la conduite à suivre.

- T’inquiète, on ne va pas la pour l’ensemble en latex. D’où tu crois qu’ils viennes, ces condoms?

Il s’empourpra et tourna les talons, furieux.

- Hors de question que je mette les pieds là-dedans!

- Allez, Gaby!

Je le rattrapai par le bout de la manche de son manteau et le forçai à me faire face. Je l’obligeai à redresser le menton et à me regarder, droit dans les yeux.

- Hier soir, fis-je, c’était incroyable.

- Non, c’était démentiel, un point c’est tout! C’était humiliant!

- C’était la meilleure baise de ma vie, lui avouai-je brutalement. J’ai de l’expérience, au cas où tu l’aurais oublié. Je suis loin d’être le genre de mec soft qui s’amuse à prendre son homme une fois par deux semaines. J’aime le sexe, je t’aime toi, et tu m’excites. Encore plus quand tu laisses ta gêne de côté, comme tu l’as fait la nuit dernière.

- Tu… Tu m’as… Tu m’as utilisé comme si j’étais… un chien!

- Oui. Et t’as aimé.

- Non! J’ai détesté!

Je resserrai mes doigts sur son menton et il grimaça, plus de colère que de douleur; Gaby, contrairement à l’image que l’on pouvait se faire de lui, était loin d’être délicat. Il était même plus brute de quoi, parfois! Les souffrances physiques avaient très peu de prise sur lui.  

- Tu as aimé, insistai-je. Tu étais furieux, mais tu as joui! Qu’on mette les choses au clair : hier, toi comme moi étions dans un sale état, ok? On ne réfléchissait pas clairement. Ça a été mon erreur, j’en conviens. J’aurais pu tenter autre chose que de te prendre par force, alors que c’était ta deuxième fois seulement, mais c’est la seule chose qui me soit venue en tête à ce moment. Je reconnais que je ne m’y suis pas bien pris, mais je ne m’excuserai jamais, parce qu’au final, ça a marché. (Gaby se détourna, des larmes de colère et d’humiliation dans les yeux.) Gabriel, je suis capable de dire que tu n’es pas le genre de mec à aimer être dorloté comme une fille quand on fait l’amour.

- Ne me compare pas à une fille! Cria-t-il.

- C’est pas ce que je fais, bordel! Je te dis justement que je veux pas te traiter comme si t’étais une fille! Ça ne veut pas dire qu’on doit baiser comme des animaux tous les soirs, mais si je t’ai choisi toi et pas un autre, c’est parce que j’aime ce que t’es! J’aime ton caractère de merde! Tes foutues sautes d’humeur, ton irascibilité et même ta tendance à envoyer balader tout le monde! Si j’avais voulu d’un type efféminé qui minaude, c’est certainement pas vers toi que je me serais tourné. J’aurais pris quelqu’un comme Didier! Est-ce que tu comprends ce que j’essaie de t’expliquer?

Il fit non de la tête, mais à son air buté, je savais qu’il refusait simplement de m’écouter.

- T’es vraiment con! M’impatientai-je. Je veux d’un vrai mec! Pas d’un type au comportement de fille!

Il se raidit.

- T’as pas choisi la bonne personne, alors.

- De quoi tu parles?

Il se tourna vers moi, exaspéré :

- Je me mets toujours à chialer comme une gonzesse! Et tu m’as regardé? T’as vu à quoi je ressemble? (Il écarta les bras, comme pour me montrer l’ampleur du désastre qu’il état.)

- Vraiment, t’es une vraie tête de mule! Quand je te parle d’un vrai mec, je te parle… d’une personne qui s’assume! D’une personne qui a de la personnalité, qui n’as pas peur de se salir ni de dire ce qu’elle pense! Et en quoi ton apparence te rend-elle efféminé? Ok, t’es loin d’être baraqué, t’as autant de poil qu’un ado pré-pubère et t’es petit. Mais ça fait pas de toi un mec efféminé! Ton attitude est celle d’un mec, ta façon de parler, de te comporter, de bouger… T’es… plus gracieux et délicat que la majorité des hommes, et j’aime ça, parce que ça me donne toujours l’impression de tenir contre moi une espèce de petit chat sauvage, ris-je. (Il se renfrogna, mais je l’ignorai.) T’es tout ce que j’aime, Gaby. Et… J’aime aussi quand tu assumes niveau sexe, tu comprends? C’est normal d’avoir la frousse les premières fois, mais je veux que t’assumes que t’aimes le sexe. Je veux pas que tu te sentes… mal à l’aise avec moi!

- Je suis pas mal à l’aise!

- Si! T’as encore honte de ton corps! Tu te gardes une réserve avec moi qui ne devrait pas être là! Je veux te voir partout, te toucher partout, te voir te toucher… Je veux te baiser dans toutes les positions possibles et je veux que tu arrêtes de te retenir!

- En gros, t’es pervers.

- Je suis pervers, admis-je. Et j’aimerais beaucoup que tu le laisses corrompre! Maintenant, entre dans cette fichue boutique!

Je le poussai dans le dos et il consenti à entrer, quoiqu’avec réticence. Il resta figé à l’entrée, d’abord surpris par le vaste choix qu’offrait ce genre de boutique. Ses mains étaient fourrées dans les poches de son jeans et il cachait le bas de son visage dans le col de son manteau, mais ses yeux allaient et venaient avec une curiosité suspicieuse.

- Bonjour!

Je me tournai vers la provenance de la voix, reconnus la propriétaire et la saluai en retour. Je me dirigeai vers la section des condoms et m’emparai d’une boîte assez volumineuse.

- Tout ça? S’étonna Gabriel.

- Tout ça, confirmai-je.

- Ça a pas une date de péremption, ce truc?

- Si, mais j’ai l’intention de m’en servir avant.

Il arrondit les yeux et je ris. Je passai près de lui et sans m’arrêter ou l’inciter à me suivre, je me dirigeai ensuite vers les huiles. Gaby me suivit d’un pas trainant et tandis que je choisissais un bon lubrifiant, Gabriel se saisit d’une petite boîte noire en carton.

- De l’huile à massage? Fit-il.

Je m’esclaffai.

- Lis sur la boîte.

Ce qu’il fit et découvrant l’huile comestible à la cerise destinée aux fellations, il rougit et reposa la boîte.

- Ça t’intéresse? Demandai-je.

- Pas vraiment, marmonna-t-il, s’empourprant un peu plus de seconde en seconde. Qu’est-ce que tas pris?

- Lubrifiant et condoms.

- Mmm…

Je fis mine de m’intéressé à de l’encens et l’observai du coin de l’œil. Son regard s’était posé sur une paire de menotte et il détourna aussitôt les yeux. Ce faisant, il tomba nez à nez avec un vibrateur rose.

- Les filles s’achètent ce genre de truc? Me demanda-t-il.

- Ouais. Sexuellement, elles sont plus ouvertes que certains mecs.

Je l’emmenai dans une autre section et lui montrai quelques sex-toys.

- Ça, c’est quoi?

Je pouffai.

- Des perles.

- Ok…

- Ça se rentre ici, fis-je en glissant ma main sur ses fesses et en appuyant des doigts.

Il sursauta et se dégagea, embarrassé.

- Ha…

- Ça sert à élargir petit à petit les muscles. Ça ne fait pas mal.

- T’as déjà essayé ce truc? S’étrangla-t-il.

- Oui.

Il me regarda du coin de l’œil et je lui souris.

- Ça rend la pénétration plus facile.

- Tu… t’es fait prendre souvent?

- Assez.

- Mais… Heu…

- Tu veux essayer?

Il secoua aussitôt la tête et je vis son embarras, mais aussi sa peur. Je souris. La peur de l’inexpérience, bien sûr. La première fois que j’avais été celui qui dirige, j’avais été maladroit, incertain… J’avais surtout peur de faire mal. Je comprenais Gabriel et je savais également qu’il viendrait un temps où il voudrait échanger les rôles.  

- Ok. Te gêne pas si ça te vient en tête un jour. Je préfère être celui qui mène, mais l’inverse me dérange pas.

- Ok.

 

En sortant de la boutique, mon sac pesait plus lourd que prévu. Face à la curiosité involontaire de Gaby devant certaines choses, j’avais décidé d’alourdir mes dépenses malgré ses protestations véhémentes. Il me jura qu’il n’utiliserait jamais pareils « trucs » et marmonna alors que nous marchions vers la station de bus que c’était complètement stupide et parfaitement « anormal ». Je restai muet tout le long du trajet, un sourire amusé aux lèvres, et il finit par se taire et s’enferma dans une bouderie gamine. À la maison, je me dirigeai vers la cuisine, laissant le sac trainer sur le sofa.

- Tu peux mettre nos « trucs anormaux » dans le tiroir de la table de chevet? Déballe-les avant s’il te plaît.

- T’as qu’à le faire!

- Je fais le souper, tu vois pas? Répliquai-je en lui montrant un paquet de viande hachée.

Il bougonna, mais s’empara d’une paire de ciseaux pour découper les emballages de plastiques et se rendit à notre chambre.

 

Tout à sa tâche, il ne me vit pas arriver derrière lui et sursauta lorsque je l’entourai de mes bras.

- Je sais même pas à quoi ça sert! Marmonna-t-il en me montrant ce qu’il tenait.

- Ça? Ça se met là.

J’empoignai doucement son membre au travers de son jeans et il se raidit.

- Très drôle!

- C’est vrai! Tu veux une démonstration?

- Non merci!

Je lui pris des mains le petit anneau de caoutchouc noir et l’étirai puis l’enfilai sur mon index.

- Tu me fais marcher! Ça s’étire à peine pour faire le tour de ton doigt!

- Ça sert à te faire durer plus longtemps. En gros, ça t’empêche d’éjaculer.

- Parce que tu comptes te foutre ce truc autour de la queue?

- La mienne ou la tienne, ça dépend.

Il fronça les sourcils et passa aux menottes.

- Et ça? Tu veux te faire attacher?

Je pouffai.

- Je te l’ai dit, je préfère mener.

- Pas question de me laisser menotter. Oublies. T’as dépensé ton argent pour rien.

Je pris les perles, qu’il avait déjà rangées (ou plutôt jetées au fond du tiroir de la table de chevet), et les lui mis sous le nez.

- J’ai vraiment hâte de m’en servir, avouai-je en souriant.

- Dans tes rêves.

Il s’apprêta à se lever, mais je le retins et le tirai vers moi. Il tomba sur le dos, m’invectiva copieusement et tenta de se dégager, mais je passai une jambe de l’autre côté de ses cuisses et me tins au-dessus de lui, enserrant ses poignets d’une main, l’autre occupé à caresser ses flancs sous son chandail.

- Élia, le dîner.

- Ça peut attendre.

Il frissonna lorsque j’effleurai son mamelon droit et je relevai son chandail pour aller mordiller son téton. Il se crispa sous moi, sa respiration déjà rapide.

- Ça t’a excité, tous ces trucs?

- Pas du tout!

- Tu veux en essayer un?

- Non!

Je lui mordillai le lobe de l’oreille et un nouveau frisson le parcourût. Son corps s’étira sous moi, ce qui me permit de lui retirer son chandail. J’embrassai le creux de son nombril et lâchant ses poignets, empoignai ses hanches et les serrai. Gaby se tendit sous la caresse de mes doigts et ses mains vinrent fourrager dans mes cheveux.

- Le dîner, marmonna-t-il.

- Ça peut attendre, grognai-je.

J’avais envie de le prendre, maintenant. Guère patient, je défis les boutons de son jeans et empoignant ses pantalons et ses boxers à la fois, le les lui retirai d’un seul mouvement. Il était déjà dur et sans attendre, j’engloutis son sexe. Il gémit et se crispa. Ses mains tentèrent de me repousser, mais sans conviction. Je pris ses genoux, lui écartai les jambes de force et fouillant dans notre tiroir à tâtons, trouvai le lubrifiant.

- Je peux? Demandai-je néanmoins en remplaçant ma bouche par ma main. Gaby, je peux?

N’obtenant qu’un long soupir, je versai le lubrifiant dans ma main et l’étalai entre ses fesses, généreusement, me foutant complètement du couvre-lit encore en place qui se tâcha. Ma bouche reprit sa place, mais je dus m’interrompre une seconde fois pour lui demander de relever le bassin et d’écarter ses jambes. Il s’exécuta, non sans une courte hésitation, mais il dut lire dans mon regard que s’il ne s’en occupait pas, je le ferais moi-même. J’avais envie de le prendre maintenant et je n’accepterais pas un refus. J’avais mal tant je le désirais. Je me départis de mon t-shirt, défit la boucle de ma ceinture et sans cesser de m’activer sur son membre, envoyer valser mes pantalons et mes boxers. D’un coup d’œil rapide, je repérai ce que je cherchais et m’en emparai.

Lorsque Gabriel sentit la première perle pousser sur son sphincter, il se raidit et émit un long râle. La première boule, petite, entra facilement. Je poussai pour faire entrer la seconde, à peine plus grosse et elle suivit aisément. La troisième et la quatrième lui arrachèrent une légère grimace, mais le lubrifiant aidant, il se détendit rapidement. À la cinquième, j’y allai plus lentement, avec moins d’empressement et elle disparue à son tour.

- Comment c’est? Haletai-je.

- Bizarre, gémit-il. Haan!

Je souris en le voyant agripper l’oreiller derrière lui alors que la sixième était à son tour acceptée. Plus que quatre.
Je forçai la septième et malgré son mouvement de douleur, fit suivre la huitième. Je la ressortis presque aussitôt puis la réinsérai et refit ce manège trois ou quatre fois, jusqu’à ce qu’elle le pénètre facilement. La neuvième fut donc plus facilement acceptée je répétai le mouvement de vas-et-viens. La dixième lui arracha un gémissement, mais plutôt que de la retirer, je la laissai en lui et ne fit que tirer sur la petite corde qui reliait les perles, assez pour qu’il la sente ressortir de moitié, mais pas assez pour la déloger.

Il se mit à gémir et je repris ma fellation.

Au moment où je le sentais jouir, je tirai sur la petite corde et les dix perles glissèrent hors de son corps. Il cria et s’arqua, relevant les hanches. Ma langue fut recouverte de semence qui coula dans ma gorge lorsque j’avalai.

Gabriel haletait, le regard vide. Son corps tremblait encore.

Sans attendre, je pris ses jambes, mis ses chevilles sur mes épaules et l’attirant jusqu’à l’extrême bord du lit, je le pénétrai d’un mouvement ample. Il émit un long râle de plaisir et me penchant sur lui, j’agrippai ses poignets. Nos nez se touchaient presque et les yeux rivés à son visage, je parvenais à saisir chacune de ses expressions. J’allais vite, mais lorsqu’il serra les dents et se tendit, j’augmentai la cadence, sans plus de retenue. Mon membre glissait facilement en lui et couverts de sueur, nos deux corps semblaient n’en être plus qu’un seul.

- Gaby… Grognai-je.

Il pleurait et gémissait à la fois, émettant de petits cris chaque fois que le bout de mon sexe rencontrait un point particulièrement sensible. Il ne cessait de lutter contre moi, comme pour prendre le dessus de nos ébats, ou alors pour s’accrocher à moi, mais je maintins ses poignets plaqués contre le matelas. Lorsqu’il joui, tout son corps frémit. Un jet de sperme nous arrosa. Je poursuivis mes vas-et-viens, jusqu’à atteindre, moi aussi, mon septième ciel et inondai son intérieur. En me retirant, un peu de semence coula. Épuisé, je me laissai retomber sur lui, me retenant légèrement des avant-bras pour ne pas l’écraser sous mon poids. Il respirait vite, se remettant de la vague de plaisir qui l’avait envahi.   

- Je t’aime, chuchotai-je.

Il tourna des yeux vitreux vers moi.

- Va te faire foutre, soupira-t-il. Puis il éclata de rire et roula sur le flanc.

J’ignorais comment réagir à ce genre de réponse et je m’assis, dubitatif.

- Est-ce que…

- Va te faire foutre, reprit-il. T’as laissé brûler le diner!

Une odeur de fumée me parvint effectivement et je bondis hors du lit, nu comme un verre en jurant tandis que le rire de Gaby me poursuivait jusqu’à la cuisine.

Par Anémone - Publié dans : Unfold your Wings - Communauté : Passion Fiction Yaoi
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 21:20

Hello!

Oui, oui! Vous avez bien lu le titre! Le chapitre 21 d'Unfold your Wings est enfin disponible!

Suis-je fière de ce chapitre? Heu... Oui! Il a été rudement difficile à écrire!

Et croyez-moi, on y voit toute une avancée.

 

De nouvelles questions se posent, de nouveaux problèmes arrivent et Gaby doit y faire face du mieux qu'il le peut!

Bref, j'espère qu'il vous plaira, parce que c'est sans doute l'un des chapitre que je préfère le plus!

Bonne lecture!

 

Anémone


 

CHAPITRE VINGT-ET-UN

 

En ouvrant les yeux, j’eus aussitôt l’impression que quelque chose clochait…

Élia dormait près de moi, un bras passé sur les yeux et les couvertures aux hanches. Le soleil était à peine levé, mais brillait déjà fort, promettant une journée plus chaude que celles que nous avions déjà eues depuis le début de l’hiver.

Qu’est-ce qui n’allait pas?

Je battis des cils en fixant l’éclat lumineux du soleil se réfléchissant sur un glaçon en train de fondre devant la fenêtre puis me redressai. Une douleur aigue dans le ventre me fit hoqueter et je me figeai en attendant qu’elle passe.

- Gaby?

Élia s’assit près de moi et sa simple proximité me donna un coup de chaleur incroyable.

On avait… On l’avait fait!

- Est-ce que ça va?

Il posa une main sur mon épaule, sans doute s’inquiétait-il…

- Ouais… Juste… un peu ankylosé.

On avait fait… ça!

Une nouvelle bouffée de chaleur me monta au visage et je m’empressai de le cacher derrière mes mains. Mais ce simple geste raviva la douleur. Être simplement assis me faisait mal.

- T’es sûr? Hier, tu as saigné…

- Ça va! Grommelai-je. J’ai juste besoin d’un peu de temps.

Élia fit lentement glisser ses mains le long de mes bras, provoquant une sensation de calme incroyable.

- C’est juste douloureux, avouai-je.

Une expression de tristesse et d’inquiétude se peignit sur ses traits magnifiques et je posai automatiquement ma main sur sa joue dans le but d’apaiser ses craintes.

- J’aurais dû être plus doux, regretta-t-il.

Je secouai la tête, fronçant les sourcils :

- C’était… J’ai jamais ressenti quelque chose d’aussi… fort, avouai-je en réfrénant une montée de timidité.

Sa réaction fut immédiate : il m’engloutit dans ses bras et enfouit son nez dans mon cou, respirant l’odeur de mes cheveux.

- Gaby, l’entendis-je murmurer. Gabriel…

Je laissai allai ma tête contre la sienne et fermai les yeux, profitant de ce moment de répit. Au bout d’une longue minute, Élia se redressa et me sourit.

- Est-ce que tu préfères rester ici pour te reposer?

- Non, ça va passer.

Il hocha la tête, sans chercher à me faire changer d’avis et je ne lui en fus que plus reconnaissant. C’était déjà assez embarrassant comme ça de devoir avouer avoir mal au derrière, s’il avait en plus fallut que je rester au lit pour cette raison…

- Prend ta douche en premier, me dit-il, je vais te préparer quelque chose en attendant.

Il se leva après m’avoir collé un baiser bruyant sur la tempe et disparut hors de la chambre. Quelques secondes plus tard, je l’entendis remuer les assiettes dans la cuisine.

Je me levai en grognant de douleur. Ça faisait un mal de chien et je doutais de pouvoir aller aux toilettes sans grimacer. Je me trainai jusqu’à la salle de bain, fit couler l’eau et m’empressai de me placer sous le jet en frissonnant. L’eau chaude me fit un bien fou et détendit chacun de mes muscles. Je me lavai des pieds à la tête, ne négligeant aucune partie de mon corps. La sensation de mes cicatrices sous mes doigts me fit légèrement frissonner et je m’attardai sur la striure principale qui marquait ma peau. Je ressentais encore un certain malaise à la contempler ou à la toucher, mais plus autant qu’avant. Il m’arrivait encore, à certains moments, de ressentir des étourdissements ou d’avoir des absences, mais jamais plus de quelques secondes. Le fait d’avoir accepté ces cicatrices sur moi, de les avoir exposées aux yeux des autres, m’avait en quelque sorte obligé à les considérer différemment : elles étaient toujours un témoignage de violence et de folie, mais elles faisaient également partie de moi. J’étais indissociable d’elles et elles ne partiraient jamais. Aussi bien vivre avec!

- C’est prêt! Entendis-je Élia lancer au travers de la porte.

Je m’empressai de fermer l’eau et m’essuyai rapidement avant de m’enrouler dans la serviette et de trottiner jusqu’à la chambre. La douleur s’était atténuée et je ne ressentais à présent qu’un très léger élancement.

Je me vêtis d’un jeans étroit, d’un chandail rouge en laine à col roulé et filai à la cuisine.

- J’ai déjà mangé, me dit Élia, mais tes pancakes sont encore là. Je vais prendre ma douche sinon on risque encore le retard.

Il fila et je m’assis à table devant les pancakes. Elles n’étaient pas tout à fait rondes, certaines étaient plus épaisses que d’autres, mais au moins, il avait fait l’effort de les préparer. C’était un bon début.

 

- Alors?

Je levai les yeux vers Élodie.

- Quoi alors?

Elle piocha sans gêne dans mon plat de salade et me sourit :

- J’ai entendu  dire par Thailan qu’une nouvelle personne allait rejoindre le groupe de musique. Un pianiste…

Je souris.

- Peut-être bien, avouai-je.

Je sentis le regard consterné d’Élia sur ma droite et lui fit la grimace.

- Tu m’as rien dit! S’offusqua-t-il.

- Je ne voulais pas en parler avant de voir ce que ça donnerait, avouai-je. Mais je pense pouvoir me remettre au piano.

- Tu es certain? Chuchota-t-il en se penchant sur moi. La dernière fois que tu as joué…

- J’ai rejoué après la fois de la boutique. Et ça a bien été, le rassurai-je en souriant légèrement, le regard rivé sur ma salade dont la portion me sembla s’être mystérieusement réduite à nouveau.

La petite feuille verte collée entre les dents d’Élodie me confirma mes soupçons, mais je laissai passer. Je n’avais pas très faim et les ce bout de salade lui rappellerait de ne pas chipoter dans les plats d’autrui.

- J’aimerais… réessayer, fis-je. Je veux dire, jouer pour de vrai. Pas seulement imaginer la musique en pianotant sur un bureau, mais la jouer… Ça me manque.

Élia avait les sourcils froncés et une fine ligne verticale se creusait entre ses sourcils. Je posai les doigts sur le dos de sa main et lui fit la grimace, ce qui le dérida.

- Ok. Lance-toi.

- Lance-toi où? Fit Ben en s’asseyant près de nous.

- Gaby va se remettre au piano!

- Pas vrai! On va entendre le célèbre pianiste qui a fait la couverture d’une revue culturelle? T’as presque joué dans une grande salle, mec! C’est pas rien.

Je ris, gêné et fier à la fois.

- Je sais pas, je m’en souviens pas vraiment, fis en haussant les épaules. C’est simplement l’impression qu’il me reste…

Je réalisai qu’en parlant, je m’étais mis à me tordre les doigts et à fixer mes genoux. Je m’empressai de redresser la tête et de sourire. Pas question de les inquiéter! Je n’avais pas fourni tous ces efforts de volonté pour me retrouver avec quatre mères supplémentaires! Une me suffisait… Même si pour le moment, elle me donnait plus l’impression d’être une étrangère.

Penser à maman me chagrina et je perdis mon sourire.

Heureusement, personne n’eut le temps de me questionner sur mon humeur changeante, la cloche annonçant la fin du déjeuner retentissant de façon stridente dans la cantine.

En cours, je tentai de me concentrer tant bien que mal sur la leçon du jour, mais la voix nasale du professeur m’agaçait et je ne cessais de penser à ma mère. Je ne comprenais pas sa réaction : alors qu’elle avait toujours tenté de me protéger, parfois malgré moi, elle faisait maintenant preuve d’une indifférence blessante, parfois cruelle à mon égard. Que je sois gay ne pouvait l’avoir à ce point dégouté de ma personne… non?

Enfin j’étais son fils!

Elle avait tout fait pour moi, tout sacrifié pour ma sécurité et tout ça pour quoi? Pour m’abandonner avec autant de facilité qu’on délaisse une paire de chaussettes abimées… Pour la simple raison qu’elle ne voulait pas que je sois gay.

Elle ne faisait pas que nier la vérité, elle la rejetait également, comme si je ne faisais plus partie de sa vie! Était-ce réellement aussi simple pour elle de cesser de m’aimer? Après tous les efforts qu’elle avait faits pour moi?

Je ne comprenais pas sa réaction… N’allais-je pas mieux, pourtant? Elle m’avait même déjà dit que j’avais pris de la maturité et qu’elle en était fière!

Je n’avais pratiquement plus de crises, je m’étais fait des amis, je m’entendais de mieux en mieux avec ma famille, j’étais plus souriant, plus calme… Tout cela ne pouvait-il compenser mon attachement pour Élia? Ne pouvait-elle voir à quel point il m’avait aidé? À quel point il m’avait redonné un semblant de vie?

 

À la fin des cours, je sortis de la classe, la tête encore prise par mes problèmes familiaux et Élia me rejoignit en courant.

- Hé! Ça va?

- Mmm?

- Gaby!

Il me prit par les épaules et m’obligea à lui faire face. Il fronçait les sourcils et je savais qu’il ne me laisserait pas partir tant que je ne lui aurais pas donné une explication satisfaisante.

- Je pensais à ma mère, lui dis-je.

Son expression passa de l’inquiétude à la tristesse.

- Ho…

- J’aimerais parler avec elle. Mettre les choses au clair.

Nous reprîmes notre marche jusqu’aux casiers et je continuai à parler, sachant qu’il m’écoutait :

- Ça ne peut plus durer comme ça. Je comprends rien à sa réaction.

Élia hocha la tête et je vis deux petits plis horizontaux se former entre ses sourcils, signe qu’il réfléchissait à quelque chose qui le tracassait depuis quelques temps.

- Sa réaction m’a surpris aussi, m’avoua-t-il. Jeanne m’a semblé être le genre de femme solide, assez pour s’être occupée de toi, de Maude, de Cassie et de ton imbécile de frère. Elle a accepté de quitter Paris pour déménager ici, de perdre l’emploi qu’elle avait… Si je ne me trompe pas, elle faisait pas mal d’argent.

- Elle était designer intérieur, fis-je. Je me souviens vaguement de l’ancienne maison… Ça ressemblait aux maisons qu’on voit dans des magazines. Elle devenait complètement folle dès que quelque chose trainait. Ça m’étonne qu’elle soit parvenue à vivre dans cette maison-ci.

- Tu te souviens de ton ancienne maison? Fit Élia, l’air surpris.

- Un peu, oui.

Des souvenirs que j’avais de mon ancienne existence, restaient ceux légèrement brouillés de notre vie à Paris.

De Miguel toujours absent de la maison, de Maude beaucoup plus petite, moins sévère, plus craintive… De mon père, lui aussi rarement à la maison… De ma mère, présente en de rares occasions lors de mes leçons de piano…

Mes leçons de piano!

Je m’arrêtai subitement, à mi-chemin entre la sortie de l’école et les casiers. Élia eut tout juste le temps de freiner, nous évitant la collision. Je me sentais raide, tout d’un coup. Mes membres tremblaient légèrement…

- Gaby?

La voix d’Élia me parvenait comme en écho, mes les mots du maestro me semblaient plus réels…

 

« Deuxième mouvement, Gabriel… Attention à votre main gauche. Vous jouez plus lentement de la gauche. Suivez la droite. Voilà… »

J’accélérai le mouvement de ma gauche, passant tour à tour d’un accord majeur à un accord mineur alors que ma main droite voltigeait dans les graves et les aigues avec fluidité. Par les hautes fenêtres de la pièce, le soleil se déversait à flot, éclairant le parquet ciré de bois d’érable et se reflétant sur le magnifique Seiler noir. Je voyais mes mains blanches se déplacer rapidement, mes doigts fins courir avec aisance sur les touches. Je jouais depuis des heures, le même morceau depuis plus d’une heure, répétant sans cesse. Mon professeur commentait parfois, mais restait la plupart du temps silencieux. Je jouais depuis mes trois ans et à quatorze ans, je maîtrisais presque parfaitement cet art difficile.

Un bruit de talons claquant sur le parquet me fit lever la tête. Ma mère se tenait dans l’encadrement de la pièce, bras croisés. Elle portait un tailleur bleu marin à la coupe sévère, des souliers à talons hauts de même couleur et sa chevelure était remontée en un chignon compliqué.

Son visage était froid…

Complètement différent de celui que je connaissais.

Ce n’était pas ma mère!

Pas ma mère!

Pas ma…

Un bruit de chute fracassa ce qui me restait de souvenir et je me sentis dériver dans un espace noir et vide.

J’accueillis ce repos avec soulagement.

 

En ouvrant les yeux, je réalisai que je me trouvais dans ma chambre, à la maison.

On m’avait dévêtu, ne me laissant que mon boxer, puis placé dans mon lit. J’avais chaud et je transpirais. Je m’assis lentement et du coup, la petite compresse froide qu’on avait posée sur mon front tomba sur mes genoux. Je mis un moment avant de retrouver toute ma lucidité.

Que s’était-il passé?

J’avais perdu connaissance dans le couloir de l’école…

- Gaby?

Je tournai la tête. Mon père était assis dans l’ancien lit d’Élia, l’air inquiet.

- Papa…

- Comment te sens-tu?

- Bizarre, avouai-je au bout d’un moment.

Il se leva et vint s’asseoir près de moi, posant sa main sur mon front. Je remontai instinctivement les couvertures sur mon torse.

- Je me suis souvenu de quelque chose, lui dis-je.

Son visage se crispa brièvement avant de prendre une expression intéressée.

- Raconte-moi.

- On avait… une grande maison, pas vrai? À Paris…

- Assez oui.

- Assez pour que toute une pièce soit destinée au piano que nous avions? C’était un Seiler…

- Oui. La maison était assez grande pour ça.

- Et j’avais un professeur particulier?

Mon père hocha la tête, mais il était devenu blême.

- Maman est entrée dans la pièce durant l’une de mes leçons… Ce… n’était pas… elle. Parvins-je à articuler malgré mes tremblements qui reprenaient à ce souvenir.

Mon père poussa un long soupir et se passa une main dans le visage, comme pour en effacer la fatigue et la douleur.

- Ce qui t’est arrivé à beaucoup changé ta mère, Gabriel. Après qu’on t’ait retrouvé, elle a suivi une thérapie. Elle a fait de gros efforts pour changer, pour devenir une mère plus présente.

- À Paris, tu n’étais jamais à la maison, me souvins-je. Tu travaillais toujours. Miguel était en pension à son université et Maude avait une nounou qui s’occupait aussi de la cuisine et du ménage. Maman était à la maison… seulement quand j’avais mes leçons. Pourquoi?

- Elle travaillait beaucoup, elle n’avait pas le temps…

- Elle avait le temps pour venir m’écouter jouer seulement? Répliquai-je avec une vague agressivité que je ne tentai pas de réprimer.

- Elle était très fière de toi, m’expliqua mon père avec une sorte de malaise dans la voix.

- Miguel ne m’a rien dit de tout ça, quand je lui ai demandé des explications.

Mon père soupira et se frotta à nouveau le visage. Parler du temps à Paris semblait le peiner.

- Ton frère venait à la maison seulement lors de ses vacances et aux fêtes. Il… a préféré garder le souvenir d’une famille unie.

Je remontai mes genoux contre mon torse et enfouis mon visage entre mes bras. Est-ce que tout le monde dans cette famille m’avait à ce point menti? Nous n’avions jamais été la famille heureuse que je m’étais imaginé.

Du coup, la vie que je menais ici me paraissait tronquée, faite de toutes pièces, un peu comme une couverture rapiécée à qui on aurait rajouté des morceaux de tissus pour recouvrir les déchirures plutôt que de les recoudre.

Mon père comprit que je ne désirais plus parler, car il se leva et quitta ma chambre après m’avoir caressé les cheveux. Sa main était chaude, bienveillante et je levai les yeux pour croiser son regard rongé par les remords.

Lorsque la porte se referma derrière lui, je compris que mon père regrettait de ne pas avoir été plus présent pour nous, ses enfants. Qu’il regrettait d’être resté aveugle à notre détresse et notre solitude toutes ces années.

Ce qui m’était arrivé lui avait permis de se racheter, de saisir cette deuxième chance qui s’offrait à lui dans cette petite ville, cette petite maison.

Ma mère… avait-elle perçu notre déménagement comme une deuxième chance, elle aussi?

Ici, elle m’avait toujours semblé heureuse et pourtant… il y avait ces moments où ses sourires semblaient cacher ses véritables sentiments…

Son énervement pour les traîneries, son obsession que tout soit rangé à la bonne place. Même avec Maude et Cassie, je n’avais jamais vu la maison dans un état bordélique. Tout était toujours à sa place.

Elle se tendait dès qu’une patte de chaise grinçait contre le parquet, voulait absolument que ses enfants soient vêtus de beaux vêtements. Avec Maude et moi, c’était un combat acharné qu’elle menait, mais Miguel se plaisait dans ses fringues à deux cents euros et quelque fois, je me demandais comment mes parents parvenaient à lui payer des trucs aussi dispendieux.

Au moindre manquement à ce qui lui paraissait « bien », elle avait tendance à serrer les dents ou à froncer les sourcils…

Et même à quarante-deux ans, avec quatre enfants à sa charge dont un bébé, elle était toujours bien habillée, ses cheveux parfaitement coiffée. Elle allait à la gym trois fois semaine, nous concoctait des repas santé, trouvait le temps d’aller faire les boutiques et de travailler. Elle gérait une petite parfumerie et avait une dizaine d’employés sous ses ordres. Elle était toujours soigneusement maquillée, jamais en retard…

Je ne l’avais jamais vu en pyjama ou en simple jogging, même pour faire le ménage.

Plus j’y réfléchissais, et plus j’avais l’impression que ma mère avait tenté de ramener avec elle un peu de sa vie à Paris.

Je comprenais mieux, à présent…

Ma mère détestait cette vie que nous avions.

Elle tentait par tous les moyens de se raccrocher à son ancienne existence. L’ordre qu’elle tenait absolument à préserver dans la maison, son agacement devant les choses qui n’étaient pas à leur place, son obsession du bien-paraître…

À ses yeux, je dérogeais à tous ses principes.

Elle avait suivi des thérapies, m’avait avoué mon père.

Des thérapies visant à lui permettre une plus grande compréhension, à lui donner plus de patience, à réprimer ses humeurs devant ce qu’elle considérait anormal.

J’était anormal.

Mon instabilité mentale, mon refus de lui obéir, de me conformer à ce qu’elle aimait, de me vêtir comme les autres…

À présent, j’étais anormal parce que j’aimais un garçon.

Et ce qui m’était arrivé n’excusait pas cette anormalité. On ne devenait pas homosexuel parce qu’on avait été enlevé. On l’était, tout simplement.

De mes anciens amis du Conservatoire, je ne me souvenais pas avoir déjà eu une petite amie. Des visages féminins que je parvenais parfois à me remémorer, il n’y en avait aucun qui me rappelait un battement de cœur plus précipité ou un sourire nerveux.

Les filles ne m’intéressaient pas, pas même à cette époque où j’étais au Conservatoire.

Peut-être que je n’avais pas encore d’attirance pour les garçons, mais ce qui était sûr, c’était que je n’en avais aucune pour la gente féminine. Et de toute façon, en aurais-je eu le temps avec toutes ces leçons de piano?

Un frisson me parcourût l’échine.

Ma mère… était devenue une étrangère pour moi.

 

Dans la cuisine, je la trouvai qui préparait le dîner de ce soir. Elle s’activait rapidement, concentrée à faire remuer une sauce aux champignons et à lire un livre de recettes posé sur un petit chevalet de bois.

Je restai dans l’entrée de la cuisine à l’observer. Elle tourna la tête vers moi, une fraction de seconde, puis retourna à son livre.

Pas un mot, pas même un regard soulagé de me voir bien portant.

Elle était une étrangère.

Maude était dans le salon et je la rejoignis. En me voyant, elle se rapprocha immédiatement de moi et posa sa tête contre mon bras.

- Ça va? Souffla-t-elle sans quitter des yeux l’écran de la télévision.

- Ça va…

J’avais la gorge nouée, les yeux larmoyants et je tremblais. Ma sœur raffermit sa prise sur mon bras et me serra de toutes ses forces. Une larme coula et je me tournai vers elle pour la prendre contre moi et enfouir mon visage dans ses cheveux châtains. Je profitai de sa présence une bonne heure et écoutai avec elle un reportage sur le snowboard. Pas une fois elle ne desserra sa prise, tenant à ce que je sache qu’elle était là pour moi. Lorsque je me levai, calmé, elle me regarda et dit :

- À la maison, à Paris, tu étais le seul qui s’occupait de moi.

Cette révélation me chamboula et je la serrai contre mon cœur.

- Je t’aime fort. Je t’aimerai toujours!

Je montai ensuite à ma chambre, empaquetai quelques vêtements et sortis de ma chambre.

- Où vas-tu? Fis mon père en me voyant enfiler mon manteau d’hiver.

- Voir Élia.

Il parût chagriné.

- Ta mère t’aime, Gaby.

Je me tournai vers lui, furieux :

- Pas assez pour m’accepter comme je suis.

- Donne-lui un peu de temps…

Je ricanai, dégouté :

- Du temps? Pour faire quoi? Pour qu’elle suive une autre thérapie afin d’accepter que son fils soit gay? Elle ne l’acceptera jamais! Elle ne fera que cacher que ça la dégoute, que je la dégoute! Elle cache tout! Elle ment comme elle respire! Elle déteste sa vie, tu le sais aussi bien que moi! Elle se ment autant qu’elle nous ment!

- Ce n’est pas vrai, Gabriel. Elle a fait de gros efforts pour…

- Pour cacher qu’elle aimerait retrouver sa vie d’avant! Le coupai-je. Tu crois quoi? Qu’elle s’est développée une conscience comme toi tu l’as fait? Qu’elle regrette de ne pas avoir été une bonne mère? Elle ne tente pas de se rattraper pour nous, elle le fait pour les apparences! Elle se fiche de nous!

La gifle partit, claqua sur ma joue, mais cela ne suffit pas à me faire taire :

- Tu le sais aussi bien que moi, sifflai-je. Tu considères peut-être cette maison comme une chance de rattraper tes erreurs, mais maman, elle, elle donnerait tout ce qu’elle possède pour que tout redevienne normal! Et moi, je suis loin d’être normal! Je suis un putain de monstre!

- Gabriel, non…

Je pleurais à chaudes larmes. Mon père tenta de me prendre dans ses bras, mais je sortis rapidement de la maison, échappant à son étreinte et à ses larmes. Sa douleur ne m’atteignait pas. J’étais moi-même trop encré dans celle qui m’enveloppait pour éprouver de la compassion.

Je courus, faisant fi du froid qui me pénétrait les os par l’ouverture de mon manteau, ou de la neige qui s’infiltrait dans mes bottes. Je n’avais pas mis de tuque, ni de foulard et j’avais oublié mes gants au lycée.

Lorsque j’arrivai à l’appartement d’Élia, j’étais trempé, frigorifié et épuisé. Il m’ouvrit la porte rapidement et me voyant dans cet état lamentable, s’empressa de me faire entrer. Il jeta mon sac sur le canapé, m’enleva mon manteau et mes bottes et toujours sans un mot, me mena à la salle de bain. Il me fit asseoir sur le couvercle de la toilette, le temps que l’eau de la douche se réchauffe, et me dévêtit. Je me laissai faire, perdu dans une espèce de brume opaque qui empêchait toutes les sensations de mon corps de se rendre à mon cerveau.

Une fois nu, je me laissai conduire sous le jet d’eau et la chaleur me fit frissonner. Je sentis soudain un corps se presser contre le mien et sursautai. Élia m’enveloppa de ses bras et me serra contre son torse avec tant de force que je sentis mes côtes craquer en signe de protestation.

Je ne tentai pas de me dégager.

Je laissai plutôt ma tête aller vers l’arrière et prendre appui contre son épaule.

Ses mains vinrent masser mes épaules avec douceur, obligeant mes muscles à se décontracter. Il passa ensuite dans mon dos, dénouant chaque muscle avec application. Je poussai un grognement de satisfaction et me penchai vers l’avant, mes mains en appui sur le carrelage du mur devant moi. Ses massages se transformèrent bientôt en caresses et il passa ses doigts le long de mes flancs, effleura mes aisselles et remonta dans mon cou pour redescendre le long de mes bras. Je le sentis soudain appuyer son sexe contre mes fesses et me raidis. Il le sentit, car il m’obligea à me redresser d’un bras passé en travers de mon torse. Il enfoui son visage dans le creux de ma gorge et ses lèvres déposèrent de légers baiser sur ma peau. La pointe de sa langue suivit la courbe de ma nuque jusqu’à mon oreille, déclenchant des frissons tout le long de ma colonne. L’une de ses mains vint jouer avec mon téton, le pinçant et le caressant simultanément. J’émis un court gémissement, l’encourageant à poursuivre son exploration. J’avais besoin de son contact, de sa proximité, et s’il fallait pour cela que je l’accueille en moi, je le ferais. Je le souhaitais, même. J’avais l’impression que la douleur seule parviendrait à me sortir de cette torpeur…

Souffrir pour me sentir vivant.

Il colla son torse contre mon dos et à nouveau, son sexe vint frotter contre mes fesses. Sa main inoccupée glissa le long de mon flanc jusqu’à ma hanche et après une brève pression de ses doigts sur cette dernière, je pus manifester mon contentement lorsqu’il empoigna mon sexe. À ma plus grande surprise, je me mis aussitôt à onduler du bassin. J’étais déjà dans un état d’excitation avancé et le constater de cette façon, plutôt que de me gêner, m’enhardi.

Tout en ondulant, je frottai délibérément mes fesses contre son membre et l’entendis grogner d’impatience. L’eau rendait nos corps glissants, facilitant le mouvement.

Sa main occupée à me masturber allait et venait lentement, faisant pression sur certaines zones de mon membre, zones que j’ignorais totalement exister et qui me faisaient me contracter spasmodiquement.

Je levai les bras pour m’accrocher à son cou, l’obligeant de cette façon à pencher la tête et à m’embrasser. Ses lèvres happèrent les miennes, voraces, comme pour avaler les mots que j’aurais pu dire. Sa langue força ma bouche à s’ouvrir pour lui offrir sa jumelle et ses dents mordillèrent mes lèvres, presque douloureusement.

Le mouvement de sa main accéléra et je me mis à haleter, sur le point de joui, lorsqu’il s’arrêta. Ouvrant les yeux, surpris, je lui jetai un regard d’impatience. Il se contenta de me tourner face à lui et d’appuyer sur mes épaules pour me mettre à genoux. Je m’exécutai, fixant mes yeux sur son visage. Son regard était sévère, presque inexpressif. Il me prit par la nuque et m’obligea à baisser les yeux sur son membre gonflé. Je savais ce qu’il voulait et j’ouvris la bouche, fermai les yeux et ce fut lui qui poussa son sexe dans ma bouche. Il força les muscles de ma gorge à se détendre et insista jusqu’à ce que mon nez rencontre son pubis. J’étais pris de haut-le-cœur, mais son membre bloquait ma gorge, m’empêchant de tousser. Il se retira légèrement puis revint se nicher dans ma gorge. J’agrippai ses cuisses et les griffai, assez pour lui faire mal.

J’avais besoin de respirer!

Il se retira, juste assez pour que je tousse et crache un peu de bile puis tout aussi durement, reprit sa place dans ma bouche. Il se mit à donner de légers coups de reins en tenant ma tête, m’empêchant ainsi de reculer. J’avais yeux larmoyants, effrayés par son attitude, et je le lui faisais savoir en lui jetant des regards apeurés, mais il m’ignorait, de même qu’il ignorait mes griffures sur ses cuisses. Au bout d’un moment, je compris qu’il était vain de résister et le laissai faire. Du coup, ses mouvement se firent plus fluide et il lâcha ma tête, ses doigts caressant ma nuque plutôt que la meurtrissant, comme pour me récompenser de mon obéissance. Je pus alors contrôler moi-même la fellation et je me mis à donner de petits coups de langue le long de son pénis. Il poussa quelques soupirs et quelques grognements, se soutenant contre le mur derrière lui.

- Gaby, souffla-t-il.

Je jetai un bref coup d’œil vers son visage, vis ses lèvres entrouvertes sur sa respiration rauque, ses yeux mi-clos… Cette vision provoqua une décharge électrique dans tout mon corps et je portai la main à mon propre sexe, impatient de jouir, de me débarrasser de cette douleur insoutenable.

Soudain, ses mains se refermèrent à nouveau dans mes cheveux et il se remit à donner des coups de bassins, rapides et courts. J’ouvris la bouche, sachant ce qu’il souhaitait, et laissai le bout de son sexe buter contre les parois de ma gorge. Au moment où je le sentais se contracter, une gerbe de sperme envahit mon palais, m’étouffant presque, suivit de quelques jets de moindre puissance. Sa semence avait un goût légèrement salée. Je refermai ma bouche, avalai ce qui n’avait pas coulé le long de mon menton et sans cesser de faire aller et venir ma main sur mon sexe, je levai le visage vers Élia. Il me fixait intensément, ses yeux verts absorbés par mes mouvements et je le savais captivé. Son sexe, malgré la jouissance, restait gonflé et raidis. 

Dans un mouvement d’impatience, il me prit par le poignet et m’obligea à me redresser pour ensuite me mettre dos à lui.

- Penche-toi, croassa-t-il.

Je mis mes mains sur le mur devant moi et écartai les jambes, sachant ce qui allait suivre. Je serrai les dents, mais ce ne fut pas son membre qui vint appuyer contre mon orifice. Sa langue glissa entre mes fesses, provoquant un petit sursaut de surpris et un autre de plaisir lorsqu’elle se mit franchement à bouger.

- Aah!

Il agrippa mes fesses, les écartant l’une de l’autre pour se laisser plus de place et inséra sa langue en moi sans cesser de la mouvoir. Mes jambes tremblaient, mon érection était douloureuse et j’avais hâte qu’il me prenne, enfin. Au souvenir de la nuit dernière, de cet orgasme formidable qui m’avait pratiquement fait perdre conscience, je gémis plus fort et me mis à sangloter. Je le voulais en moi, peu m’importait la douleur que son passage causerait.

Sa langue fut remplacée par deux doigts, qu’il inséra rapidement, étirant mon sphincter à leur entrée et l’assouplissant lors de leurs vas-et-viens de plus en plus rapide. Son troisième doigt fut rapidement accepté. J’étais dans un tel état d’excitation que penser était devenu impossible. Les sensations seules comptaient.

Trop rapidement pour que je comprenne ce qu’il m’arrivait, Élia me retourna, me souleva dans ses bras et écartant mes fesses, me fit descendre sur son membre. Je le sentis ouvrir mon passage étroit, pénétrer de plus en plus loin jusqu’à ce que je le sente tout au fond de moi. La douleur était pratiquement insoutenable.

Le désir de le sentir se mouvoir l’était plus encore.

Je refermai mes jambes autour de sa taille et il se retira d’abord lentement, puis revint toujours avec une lenteur frustrante.

Je bougeai légèrement, l’incitant à accélérer et il ne tarda pas à se plier à mes désirs. Ses coups de reins devinrent plus rapides et plus secs. Je m’accrochai au pommeau de la douche et il accéléra la cadence. Malheureusement, cette position l’empêchait de me pénétrer complètement et il poussa un grognement d’agacement. Coupant l’eau, moi dans ses bras et son sexe toujours logé dans ma cavité, il nous déplaça jusqu’au salon. Là il m’étendit à même le sol et remonta mes jambes sur ses épaules. D’un coup de reins presque rageur, il combla les quelques millimètres restant et je criai, sentant une vague de plaisir monter de ma tête jusqu’à mes orteils. Je me contractai et enfonçai mes ongles dans la chair de ses épaules.

De nouveau, il nous fit changer de position d’une torsion du bassin et je me retrouvai à quatre pattes. Il m’écrasa la joue et le torse contre le sol, de sorte que seules mes fesses pointent vers le haut. Il s’y enfonça et je luttai dans un cri pour me redresser. Il mit plus de pression sur ma nuque, m’obligeant à garder le nez sur le sol.

Chaque fois que le bout de son gland butait contre mes parois, je poussais un petit cri et me tendais, parcourus d’un long frisson. Élia se pencha vers moi et referma ses dents dans la peau de mon épaule. Je poussai un hurlement de douleur et tentai de me débattre, mais ses coups de reins accélérèrent. Sans ouvrir la bouche, ses mâchoires serrant cruellement ma chair, il poursuivit son acte avec toujours plus de brutalité. Je ne prenais même plus la peine de modérer ma voix : mes cris résonnaient dans le salon, aigues et irréguliers, se changeant parfois en gémissements ou en grognements. J’avais les lèvres retroussées sur mes dents, avec l’envie furieuse de me jeter sur lui et d’entourer son cou de mes mains tout en le chevauchant.

Il ne me laissa pas faire.

En le sentant accélérer, je poussai un long geignement et tout mon corps se convulsa. Un jet de sperme jaillit de mon membre et je sentis mon intérieur noyé par sa chaude semence. Peu à peu, son rythme ralentit et il s’arrêta enfin.

Je le sentis se retirer doucement et je roulai se le côté, incapable même de remuer le petit doigt, son souffle rauque résonnant près de mon oreille.

 

Par Anémone - Publié dans : Unfold your Wings - Communauté : Passion Fiction Yaoi
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Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 17:37

Hé oui! Après des mois d'attente (Méchante moi! Non, aïe, pas la lapidation!!), Seidou Yaoi acceuille un nouveau chapitre! Je sais, ça a été long, mais il est enfin là! D'autres chapitres suivront, pas nécessairement d'Hope of the Broken Soul, j'aimerais faire en sorte que toutes les histoires soient travaillées au moins une fois lors des vacances, pour faire plaisir à tout le monde, mais croyez-moi, ça ne sera pas le seul chapitre!

 

Bon, bon, j'arrête de vous énerver avec mon bla-bla!

Bonne lecture!

Anémone


 

CHAPITRE SIX

 

- Vinces -

 

Voir son visage marqué par ces horribles cicatrices, son corps si maigres qu’il donnait l’impression de pouvoir se briser à tout instant était un supplice que je n’aurais jamais crû parvenir à supporter.

Et pourtant, je me tenais à son chevet depuis qu’on l’avait transporté à l’hôpital.

Je ne me souvenais plus très bien de l’arrivée de l’ambulance; seulement de l’avoir tenu contre moi jusqu’à son arrivée et d’être monté derrière la civière. Monsieur Campbell était monté derrière moi et avait donné quelques renseignements concernant Amé.

J’avais voulu le suivre dans la salle d’urgence, mais on m’en avait empêché. Une heure plus tard, on m’informait qu’il se trouvait dans cette chambre et je veillais sur lui depuis.

On l’avait lavé et vêtu d’une chemise d’hôpital et un tube à oxygène sous son nez facilitait sa respiration.

Lors de son errance, il avait souffert d’hypothermie, ses pieds étaient enflés et blessés et son corps était dans un dangereux état d’épuisement qui nécessitait beaucoup de repos.

Néanmoins, les anciennes blessures qu’il présentait avaient toutes été soignées et les médecins m’avaient informé qu’il avait sans douté été traité pour cela dans un autre hôpital.

- Vi?

Je détournai les yeux des lèvres d’Amé pour me tourner vers mes parents.

- Vous avez découverts quelque chose? Demandai-je.

Ma mère hocha la tête et vint s’asseoir près de moi alors que mon père se postait près de la fenêtre.

- La Police a lancé un avis de recherche le concernant. Il se serait enfui de l’hôpital psychiatrique où on l’avait placé.

- Un… Un hôpital psychiatrique? Répétai-je sans comprendre.

Mon père poussa un soupir et se rapprocha de moi, plaçant sa main sur mon épaule. Je me crispai instinctivement, prêt à recevoir le choc de ce qu’il allait m’apprendre.

- Il n’a jamais fugué, me dit-il. Il a été enlevé par un ancien ami de ses tuteurs. L’homme a été dénoncé par l’un de ses amis.

Je ne dis rien, mais je sentis des larmes rouler sur mes joues. Ma main alla serrer celle d’Amé et je secouai la tête.

- C’est lui qui lui a fait tout ça? Toutes ces blessures…

- Il offrait Amé à certaines personnes contre de l’argent… Ils ont retrouvé Amé inconscient dans un sous-sol.

Amé… Amé avait été vendu comme du bétail… Torturé et violé… La douleur que je ressentais à savoir ces choses m’arracha un gémissement rauque et je me levai d’un bond de ma chaise, incapable d’arrêter mes larmes, pas plus que de calmer la rage qui menaçait de m’engloutir. Je jetai un coup d’œil sur la silhouette inanimée d’Amédée et j’allai me rasseoir. Je voulais le prendre dans mes bras, le serrer contre moi et l’embrasser, mais la crainte m’en empêcha : celle de lui faire du mal, de lui faire peur…

- Le médecin qui suivait son cas devrait être ici dans quelques minutes, fit ma mère. Il nous a promis plus d’explications.

- Pas question qu’on l’enferme à nouveau dans un centre! M’écriai-je.

- Tout dépendra de son état mental…

- NON! Je refuse qu’ils l’enferment…

- Vinces! Aboya mon père.

Je sursautai et me tournai vers lui, les larmes aux yeux. Mon père n’élevait jamais la voix. Constatant mon état de panique, il soupira et s’approcha de moi pour planter ses prunelles sombres dans les miennes.

- Je ferai tout le nécessaire possible pour lui. S’il est possible de le ramener à la maison, nous le ferons. Je ne l’abandonnerai pas. C’est une promesse. Et les Corbel ne brisent jamais leurs promesses.

J’hochai la tête, rassuré.

Mon père n’avait jamais brisé ses promesses et je le crus sur parole.

 

Je dus néanmoins retourner à la maison pour me reposer.

Me mangeai, me lavai et le lendemain, retournai à l’hôpital. En entrant dans la chambre privé qu’on lui avait attribué, je vis que le rideau entourant le lit d’Amé avait été tiré. Une peur sourde me vrilla l’estomac et je m’empressai de l’ouvrir, surprenant l’infirmière qui lâcha un petit cri et du même coup, l’éponge qu’elle tenait pour laver Amé.

Je devais avoir l’air d’un maniaque, parce qu’elle me fixait avec des yeux ronds, figée.

- Pardon, m’excusai-je. Je pensais que… Avec tout ce qui s’est passé…

Elle comprit, car elle me sourit doucement.

- Tu es son ami?

Je secouai la tête et allai m’asseoir près d’Amédée. Je passai une main nerveuse au-dessus de son ventre balafré sans oser toucher sa peau.

- Je l’aime, avouai-je d’une voix cassée.

Je m’essuyai rapidement les yeux. L’infirmière me sourit doucement, mais son regard me sembla douloureux. Pas empli de pitié, non; de compassion. Et ce regard tellement sincère déclencha une crise de larmes. Elle couvrit doucement le corps d’Amé puis me prit dans ses bras en me flattant doucement la nuque. Je me fichais d’avoir l’air d’un abruti : j’avais besoin de réconfort, de montrer ce que je ressentais. J’étais fatigué d’être en colère et de combattre. Tout ce que je voulais, c’était qu’il revienne. J’étais prêt à accepter toute l’aide qu’on m’offrirait pour cela.

- Il va s’en sortir, me chuchota-t-elle.

Je l’ignorais. Parfois, j’en doutais.

 

Nous reçûmes l’appel de l’hôpital une semaine après l’admission d’Amé.

En entrant dans la chambre, je le vis qui .tait redressé dans ses oreillers, le visage tourné vers la fenêtre.

Juste avant d’entrer, le médecin nous intercepta. Son expression inquiète déclencha en moi une vague de détresse que je tentai de réprimer.

- Qu’y a-t-il? Demanda mon père.

- Il s’est réveillé il y a environ une heure, mais… il ne réagit pas. Nous avons tenté de lui parler, mais il… ne semble présenter aucun signe de reconnaissance, même à son nom. Il réagit seulement quand on le touche.

- C’est bon signe, non?

- Dans la mesure où il devient violent, non.

- Violent? L’interrompis-je.

- Il crie et se défend. Au vu de son dossier, nous avons préféré le laisser tranquille plutôt que de devoir l’attacher.

- Je veux le voir, dis-je.

- Très bien, mais… évitez de le toucher si possible. Et vous devez vous adresser à lui du côté de droite : il est partiellement aveugle de l’œil gauche et sourd de l’oreille gauche également.

Aveugle…

Et sourd…

Mon Amé.

Je m’avançai doucement dans la pièce, contournai le lit et me plaçait à contre-jour devant son regard. Lentement, très lentement, ses yeux se détachèrent de la lumière du jour pour se poser sur moi. Ils étaient ternes, cernés et creusés par la maigreur et la fatigue.

- Amé…

Il mit une éternité avant de s’animer, comme si son cerveau avait du mal à comprendre ce que voyaient ses yeux.

Une sorte de soupir ou de gémissement sifflant s’échappa d’entre ses lèvres il se mit à trembler violement. Ses joues se mouillèrent de larmes et il émit une série de geignements et de sanglots étouffés. Ses bras émaciés se tendirent vers moi et je m’empressai de prendre doucement ses poignets minuscules et maigres entre mes doigts puis ses épaules. Il enfouit son visage dans mon cou et je pressai sa tête contre mon épaule en passant dans la soie de ses cheveux.

- Amédée… Sanglotai-je. Je suis là, ça va aller. Je suis là… Tout va bien, maintenant. Le cauchemar est fini…

Je ne sus combien de temps je passai à le tenir contre moi et à l’écouter pleurer, mais lorsqu’il s’endormit enfin, il faisait nuit. Je montai sur le lit, m’installai et le couchai contre moi sans cesser de le tenir entre mes bras. Il était tellement maigre que j’aurais pu compter à vue ses côtes et les petites bosses de sa colonne vertébrale. Je ne dormis pas, me contentant de caresser ses cheveux et d’admirer ses cils interminables, faisant volontairement abstraction de ses cicatrices. Je tentai de retrouver le garçon que j’avais connu, mais j’avais l’impression de tenir un étranger contre moi.

 

Le lendemain, je constatai avec stupeur que je m’étais endormi.

Je baissai les yeux sur Amé et rencontrai ses prunelles ambrées. Elles m’observaient calmement, mais je ne décelai rien en elles.

- Amédée, dis-je, dans l’espoir d’entendre sa voix me répondre.

Il se contenta de soupirer.

 

Amé put sortir de l’hôpital deux semaines après son admission. On avait pris soin de ses plaies aux pieds, on lui avait fait reprendre un peu de poids et comme il était resté passablement calme, on lui avait permis de rentrer avec nous, à condition que l’on communique régulièrement avec son psychiatre et la Police et qu’une infirmière puisse venir prendre soin de lui trois fois par semaine pour un examen régulier.

Dans la voiture, il se contenta de fermer les yeux et de se reposer contre moi. Ne pouvant encore marcher en raison de ses pieds blessés et de sa faiblesse, je le portai plutôt que de le mettre dans une chaise roulante et le menai dans le salon pour l’installer dans le grand divan de velours rouge. Il passa machinalement sa main sur le velours, comme je l’avais vu faire de nombreuses fois déjà lors de son court séjour avec nous. Amé avait toujours trouvé les goûts décoratifs de ma mère horribles.

Mais ce divan lui était familier et le voir le toucher ainsi, même avec un regard absent, était un bon début. Mes parents remarquèrent également sa réaction, car ils sourirent.

- Il reconnaît la maison, on dirait, fit alors ma sœur en déboulant dans le salon.

- Il va aller mieux bientôt? Demanda Benji.

- Je l’ignore, fit mon père. Chaque chose en son temps.

- Allez faire vos devoirs, intervint ma mère. Vinces est peut-être exempt d’études pour le moment, mais pas vous.

Je cessai de leur porter attention pour m’avancer vers Amé. M’asseyant doucement près de lui, j’attendis une réaction de sa part… Qui ne vint pas. Soupirant, je me levai :

- Je vais t’apporter quelque chose à boire. Le docteur a dit que tu devais t’hydrater souvent.

J’allai à la cuisine, saluai distraitement Thérèse et prit un verre d’eau dans lequel je mis ses calmants. J’attendis qu’ils se dissolvent puis je revins au salon. Amé flattait toujours le velours du divan, mais à mon approche, il eut le réflexe de se tourner vers moi. J’avais fait attention à revenir par la droite, histoire de ne pas le faire sursauter.

Nos regards se croisèrent et je lus alors dans ses yeux une lueur de reconnaissance. Le cœur battant la chamade, je lui tendis sans un mot le verre et il le prit en souriant doucement pour le porter à ses lèvres et boire.

C’était un progrès immense, ce qui venait de se produire.

Déterminé à ne pas le brusquer, je fis comme si rien n’était et m’assis près de lui.

Lorsqu’il eu terminé de boire, il me remit le verre, que je posai sur la table du salon. J’hésitai une fraction de seconde, puis lui ouvrit les bras. Il me regarda, d’abord sans comprendre, puis lentement, très lentement, s’approcha et se laissa aller contre mon torse.

Je ne parvenais pas à comprendre cette confiance qu’il plaçait en moi, cet abandon total, alors qu’il avait vécu l’enfer.

Comment parvenait-il encore à faire confiance à un être humain?

Pensivement, j’observai son profil, la maigreur de ses joues, ses mèches de cheveux blonds lui tombant devant les yeux. J’en repoussai une doucement et il soupira, se lovant un peu plus contre moi à la manière d’un petit chat.

- Amé? Soufflai-je.

Il ne réagit pas à son nom et je soupirai, déçu.

- Comment va-t-il? Demanda ma mère en s’approchant.

Je levai les yeux vers elle et sourit tristement.

- Il a réagit à peu près normalement quand je lui ai apporté son verre d’eau.

- Il a parlé?

- Non, mais il a eu le réflexe de se tourner vers moi et de le prendre lui-même pour le boire. Il me l’a redonné.

- C’est bien, approuva-t-elle. Ça démontre qu’il fait des progrès.

- Des progrès?

Elle hocha la tête puis s’assit sur le fauteuil à ma droite, posant ses mains sur ses genoux.

- J’ai parlé avec le psychiatre qui le suivait à la clinique. Amédée ne réagissait à rien, ni au toucher, ni aux sons. Sa fuite a inquiété l’hôpital, mais il a dit que le fait qu’il soit retourné vers quelque chose qu’il connaît est un bon progrès. Il viendra le voir demain.

- D’accord.

- Tu lui as donné ses calmants?

- Oui.

- Bien. Je vous laisse, dans ce cas. J’ai beaucoup de travail.

Elle se leva et s’apprêta à sortir, lorsqu’elle se ravisa.

- Ton père est en contact avec les services sociaux en ce moment. Il tente de les convaincre de nous laisser Amé.

Je hochai la tête, une boule d’émotions dans la gorge.

- Remercie-le pour moi s’il te plaît.

- Je le ferai.

Elle sortit et je raffermis ma prise sur Amé. Ce dernier ouvrit des yeux lourds de sommeil sur moi et j’allai caresser sa joue.

- Ça va aller. Je vais te protéger, je te le jure. Je t’aime.

Il soupira et ses paupières se fermèrent. Je me levai en prenant soin de bien le caler dans mes bras puis je montai à ma chambre, heureux de sentir ses mains délicates s’accrocher à moi. En le déposant dans mon lit, il eut le réflexe de raffermir sa prise autour de mon cou, mais je l’obligeai à décrocher ses doigts. Il se recroquevilla aussitôt sur le matelas en me fixant, l’air de ne rien y comprendre. Je détectai une lueur de peur au fond de ses prunelles et lui sourit.

- Il faut que tu dormes, Amé. Pour guérir. Je vais rester avec toi. Tu ne crains rien.

Tout en lui disant cela, j’allai caresser ses épais cheveux blonds. L’effet des calmants commença également à se faire sentir, car il soupira et tout son corps se détendit petit à petit, jusqu’à ce qu’il finisse par rouler sur le côté et que sa respiration devienne régulière. Je le bordai puis descendis au salon.

 

Je ne savais pas exactement ce qui était le plus difficile : le regard absent d’Amé dans la journée ou les cris atroce qu’il poussait durant la nuit. Dans ces cas, il se mettait à sangloter et à répéter une sorte de litanie incompréhensible en se grattant furieusement l’intérieur du poignet. Dès que l’on s’approchait de lui, il se mettait à hurler et à se débattre.

Néanmoins, il était actif.

La journée, il se contentait de fixer le ciel au travers d’une fenêtre, assis sur notre divan, ses doigts passant et repassant sur le velours de ce dernier. En de rares moments, il nous regardait, nous. Thérèse qui faisait le ménage, Benji et Marine qui se disputaient en courant dans le salon.

Dans ses bons jours, je remarquai qu’il faisait toujours soleil et qu’il se plaçait toujours là où il y avait le plus de lumière. C’était dans ces moments qu’il semblait le plus actif, le plus éveillé.

Un jour, je décidai de le sortir de la maison. Le psychiatre qui le suivait nous l’avait déconseillé  (trop de bruits et de gens), mais Amé ressemblait à une fleur fanée qui se tend désespérément vers le soleil.

 

Il faisait encore légèrement frais, mais le soleil était chaud et il n’y avait que quelques nuages cotonneux dans le ciel, de ceux où l’on pouvait s’imaginer y marcher ou y rebondir comme sur un trampoline. Petit, j’imaginais que des anges s’y cachaient.

J’étais parvenu à faire enfiler à Amé une paire de pantalons confortables et un t-shirt couvert par une ample veste de laine. L’habiller n’avait pas été chose facile dans la mesure où il était aussi peu coopératif qu’une poupée de chiffon. Mais je commençais à avoir l’habitude de ces manipulations délicates : c’était moi qui lui donnait son bain, qui l’habillais ou le déshabillais et qui massait ses muscles ankylosés comme me l’avait montré le physiothérapeute.

Je parvins tant bien que mal à le faire se lever. Marcher fut plus difficile, mais il sembla comprendre ce que je lui demandais, car il finit par me suivre, sa main toute molle au creux de la mienne.

- On n’ira pas loin, lui dis-je.

J’avais délibérément choisi le terrain avant de la maison : je ne voulais pas qu’il se sente emmuré dans notre cours clôturée et fermée par des haies de cèdres. De plus, il y avait la piscine creusée et j’avais peur qu’il y tombe.

Et voir l’activité de monde extérieur, les voitures passer, les enfants jouer, entendre le bruit du quotidien le replongerait en quelque sorte dans une vie à peu près normale.

L’éclairage soudain du soleil l’aveugla légèrement, car il battit des cils et plissa les yeux, mais quand je le tirai légèrement par la main, il me suivit, docile, et sortit.

Je m’arrêtai sur le perron et attendit qu’il réagisse. Ça ne tarda pas. Il leva le visage vers le ciel, comme s’il tentait de se réchauffer à la lumière du soleil et poussa un soupir.

- Viens, on va aller s’asseoir.

Je le guidai jusqu’au milieu du terrain et m’assis dans l’herbe. Il m’imita, plus par réflexe que consciemment. Il ne mit que quelques minutes à se détendre et au passage d’une petite fille et de son chien, il tourna la tête pour suivre leur direction.

Un gros camion passa, mais il ne sembla pas apeuré par le bruit qu’il fit. Amé finit par s’étendre sur le dos et fermer les yeux.

Pour la première fois, je lui trouvai un visage détendu, presque serein.

- Tu n’imagines pas à quel point je suis heureux de te ravoir auprès de moi, Amé. Lui dis-je. Quand tu es parti et que j’ai compris que tu ne reviendrais pas… J’ai eu l’impression… que tout avait perdu de son sens. Je ne voulais plus rien… Il n’y avait qu’à toi que je pensais. Tu m’as foutu à l’envers, tu ne peux pas imaginer à quel point!

Je remontai mes genoux contre mon torse et y posai le front, la chaleur du soleil brûlant ma nuque.

- Je t’en ai tellement voulu d’être… parti et… et je me détestais tellement de t’avoir fait fuir. Tout est de ma faute! Sanglotai-je. Putain, j’me hais tellement!

Un mouvement sur ma droite me fit relever ma tête et je me retrouvai nez à nez avec Amé. Il me regardait, triste. Sa main se leva doucement et vint essuyer les larmes sur mes joues. Je le fixai, l’air de ne pas y croire avec l’envie de sangloter de plus belle. Je voulais me blottir contre lui.

- Amé? Murmurai-je.  

Il ne réagit pas à son nom, se contentant de s’étendre à nouveau et de fermer les yeux. Je l’imitai, conscient que pleurer le faisait souffrir.

Pardon, pensai-je.

J’allai prendre sa main et malgré la mollesse de ses doigts, l’entendis soupirer de bienêtre.

Nous restâmes ainsi tout l’avant-midi et une partie de l’après-midi également et nous rentrâmes lorsque je le sentis frissonner contre moi.

Mais c’était un bon départ.

Au fond de moi, j’avais l’impression qu’Amé pourrait guérir.

Par Anémone - Publié dans : Hope of the Broken Souls - Communauté : Passion Fiction Yaoi
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