Est-ce que j'ai l'impression d'être franchement détestée?
Absolument!
Mais bon, j'estime que je mérite votre rancune pour avoir promis des chapitres pour Pâques, de ne pas en avoir publié et en plus, d'avoir été si longue à refaire surface.
Vraiment navrée, je n'ai trouvé le temps d'écrire que tout récemment et je pensais avoir des vacances de Pâques, mais non... Mon programme d'étude n'a offert que deux jours de vacances... Résultat, entre les cours, les projets, de photos, les examens, la voiture qui brise et le travail, à peine cinq heures de sommeil par nuit, c'est trop peu pour avoir l'énergie nécessaire pour pondre un nouveau chapitre.
Alors j'ai séché les cours d'aujourd'hui pour vous offrir ce chapitre-ci!
J'espère sincèrement ne pas avoir perdu votre confiance et j'espère que tous ceux qui venaient régulièrement sur ce blog seront présents pour lire la suite des aventures de Gaby et d'Élia.
Bref, j'arrête de parler et je vous laisse lire!
PS: S'il y a des fautes d'ortographe, n'hésitez pas à m'en faire part!
Anémone
CHAPITRE VINGT-DEUX
Tout mon corps tremblait d’épuisement et j’avais peine à respirer. Mon cœur cognait douloureusement contre ma poitrine et je me sentais aussi épuisé et perclus de douleur qu’après une lutte dans les ruelles de Dublin.
Étendu sur le flanc, Gaby fixait un point que lui seul voyait. Il avait la bouche entrouverte, respirait un peu irrégulièrement et je vis une coulisse de salive sur son menton. Ses yeux étaient mi-clos et chaque muscle de son corps semblait détendu, comme s’il était épuisé au point de ne plus savoir bouger.
Je posai une main sur son épaule, craignant sa réaction. Il ne fit que tourner les yeux vers moi : des yeux las, fatigués, qui avaient peine à rester ouverts. Je préférais de loin ce regard d’épuisement à celui, vide, qu’il avait lorsque je lui avais ouvert la porte.
À ce souvenir, je frissonnai.
Je ne lui avais jamais vu une telle expression d’abattement, de renoncement. Il semblait alors être une coquille vide, un corps sans âme. On aurait dit le regard d’un mourant qui aurait abdiqué face à la mort.
Il n’y avait eu ni détresse, ni colère, ni peur….
Rien!
Et c’était ce rien qui m’avait affolé.
La première chose qui m’était venu en tête avait été de lui soutirer une réaction. N’importe laquelle, mais il devait réagir.
Ce regard qu’il avait eu, je l’avais déjà vu.
Dans les yeux de ma mère peu de temps avant sa mort, lorsqu’elle avait renoncé à se battre pour vivre.
C’était un regard d’abandon, de la plus grande et complète lassitude qui soit. Le regard de celui qui n’a plus la force de vivre.
Étendu sur le flanc, Gaby avait fermé les yeux et sa respiration s’était faite régulière. Les cernes violets sous ses yeux aux cils interminables lui donnaient l’apparence d’un malade. J’observai attentivement son corps : sa peau me semblait plus pâle, plus livide qu’ivoirine et ses cicatrices rosées, certaines rouges ou blanches, me paraissaient plus imposantes et nombreuses qu’à l’habitude. Il avait perdu beaucoup de poids : mince, il était à présent à la limite de la maigreur. Je pouvais voir les petites bosses que formait sa colonne vertébrale sous la peau de son dos.
Gabriel, mon Gabriel…
Je passai mes doigts sur la marque pourpre à son épaule, là où mes dents s’étaient plantées dans sa chair. Quelques gouttes de sang perlaient à l’endroit où mes canines avaient mordu. Des bleues se formaient déjà un peu partout sur son corps, notamment à sa nuque et ses genoux étaient écorchés par le tapis du salon.
Qu’est-ce que j’avais fait?
La réponse me vint : j’avais paniqué, je n’avais pas réfléchi.
J’avais agis.
J’avais fais la seule chose que je pensais pouvoir faire afin d’obtenir de lui une quelconque réaction, qu’elle soit positive ou négative. De la colère ou du plaisir.
J’avais obtenu les deux.
Une expression de jouissance extatique et une colère et une rage sans nom. Si je l’avais laissé faire alors qu’il se débattait pour se redresser quelques minutes plus tôt, nous nous serions sans doute battus sauvagement. Dans mon état d’excitation avancé, j’aurais répondu à ses coups avec d’autres coups. Et me battre avec Gabriel, même dans un instant où la folie nous submergeait tous deux, était une chose que je tenais absolument à éviter.
Doucement, avec d’infinies précautions, je glissai mes mains sous son corps et le soulevai du sol. Son ventre était couvert de sperme et il était humide de transpiration. Ses cheveux encore mouillés dégouttèrent sur le sol alors que je me rendais à notre chambre.
Doucement, je le posai sur le lit, allumai la petite lumière de chevet et me rendit à la salle de bain pour prendre une serviette humide. Avec tendresse, la main légèrement tremblante, j’essuyai de son corps les traces de nos ébats. Il avait saigné lors de notre accouplement sauvage, mais très légèrement, l’eau et ma salive ayant aidé lors de la pénétration et le fait qu’il n’ait ressenti aucune peur m’avait permis de m’enfoncer en lui sans rencontrer d’obstacle. Il n’avait pas été crispé, mais très détendu à cet endroit, comme s’il n’attendait que de sentir mon sexe en lui.
Je caressai du bout des doigts les contours de sa bouche satinée qui s’entrouvrit à mon contact. Je sentis son souffle chaud sur ma peau et poussai un long soupir avant de m’obliger à le border puis à quitter la chambre après avoir fermé la lampe de chevet.
L’eau chaude de la douche me brûla le côté des cuisses, là où Gaby m’avait griffé assez profondément pour faire couler le sang. J’avais également des commencements de bleus, là où ses doigts s’étaient crispés sur mes cuisses et mes fesses alors que je l’obligeais à me sucer.
J’avais tout fait pour qu’il oubli ce qui l’avait rendu dans cet état de mort-vivant.
Dans cet état d’agonie volontaire.
L’eau brûlante qui ruisselait dans mon dos ne parvenait pas à chasser mes tremblements.
J’avais peur.
Pour la première fois de ma vie, une peur irrationnelle me tenaillait et je ne parvenais pas à réfléchir.
Gaby, mon Gabriel, mon ange…
Ma seule lumière était en train de s’éteindre et j’ignorais comment lui redonner son éclat. Je savais seulement que je ferais tout, absolument tout, pour l’empêcher de mourir.
Quitte à chasser toutes les ombres qui menaçaient de l’engloutir.
J’étais prêt à tout pour le garder avec moi, pour garder son sourire, sa douceur et cette étincelle si particulière dans son regard.
Il y avait quelque chose en lui de brisé, des ombres de souvenirs qui l’empêchaient d’être pleinement celui qu’il aurait dû être. Celui que j’aimais désespérément.
Gabriel était devenu ma seule raison d’être.
En moi, les appels de l’Irlande se faisaient de moins en moins forts, de moins en moins pressants.
La nostalgie des plaines vertes et des falaises surplombant l’océan était toujours présente, mais elle était teintée de l’espoir secret de voir les immenses prunelles sombres de Gaby se teinter des reflets dorés du soleil d’Irlande.
Un jour, je l’emmènerais avec moi.
Je lui ferais découvrir les immenses espaces verts de l’Irlande, ses anciens châteaux, ses routes de campagnes… Je lui ferais sentir le vent frais chargés des odeurs d’Iode de la mer… J’imaginais déjà ses cheveux blonds se teinter d’or à la lumière du jour…
L’Irlande serait toujours chère à mon cœur.
Mais je n’y retournerais pas si Gaby ne m’accompagnait pas.
J’irais là où il irait.
Pour profiter de chacun de ses sourires, de chacun de ses gestes tendres, de chacun des moments que nous passerions ensemble.
Un monde tel que l’Irlande, aussi beau soit-il, ne valait pas la peine d’y être si mon cœur était ailleurs.
Mon rêve, celui que je chérissais depuis ma rencontre avec Gaby, était de retourner sur ma terre natale, en compagnie de celui qui m’était à présent plus précieux que la vie.
Mais pour l’instant, ce rêve me paraissait chimérique, impossible à atteindre.
J’avais tellement peur pour lui. Je souhaitais tellement son bonheur, de toute la force de mon âme et pourtant, je le voyais dépérir, agoniser, comme une fleur privée du soleil.
Je me sentais impuissant.
La seule chose qu’il m’était possible de faire était de l’empêcher de céder à ses souvenirs, de l’obliger à revenir à la vie chaque fois que son regard s’égarait dans les méandres de sa souffrance.
L’obliger à se souvenir qu’il était encore en vie, par n’importe quel moyen.
Je ne le laisserais pas se laisser dépérir. Je l’en empêcherais, même si ça impliquait des souffrances supplémentaires pour nous deux.
Cette nuit, j’étais parvenu à l’extirper de sa lente agonie. Le moyen dont j’avais usé était cruel, ça avait été à la limite du viol, mais lorsqu’il s’était endormi, ça avait été d’épuisement physique.
Je l’avais poussé suffisamment à bout pour qu’il ressente quelque chose. N’importe quoi valait mieux que ce vide en lui, ce vide immense et cette lassitude de vivre.
Je ne lui permettrais jamais de baisser les bras.
Il allait vivre!
En moi, une détermination nouvelle s’encra. Gaby était un navire en proie à la tempête et moi, j’étais celui qui le ramènerait à bon port. Il s’en sortirait peut-être blessé, plus épuisé que jamais, mais j’avais la conviction que ces nouvelles écorchures sur son âme serait ce qui me permettrait de le remettre sur pied.
Je coupai l’eau, devenue tiède, m’essuyai et me rendit à la chambre. Gaby dormait profondément, les trais de son visage détendus. Je m’assis sur le bord du lit et passai mes doigts dans la soie de ses cheveux.
- Je ne te laisserai pas mourir, fis-je.
Je savais à quoi ressemblaient les yeux d’une personne prête à tout laisser tomber. Plus jamais, je ne permettrais à Gagy d’avoir un tel regard.
Je ne le laisserais jamais dépérir, je le relèverais toujours, peu importe le nombre de fois ou l’énergie que j’y consacrerais.
L’idée d’en finir une bonne fois pour toute ne lui avait peut-être pas encore traversé l’esprit, mais je savais que tôt ou tard, elle le ferait.
Et à ce moment, je serais là pour l’obliger à se battre.
Même si cela impliquait que de nouvelles cicatrices marquent son âme déjà tellement fragile.
La nuit me sembla trop courte.
Trop courte parce que je craignais de devoir lui faire face à son réveil.
À l’aube, je m’arrachai à sa contemplation et allai à la cuisine préparer le petit-déjeuner. À six-heures trente, le réveille-matin sonna.
À sept heures, il sonnait toujours.
Inquiet, je me rendis à la chambre et trouvai Gaby assis dans le lit, qui fixait ses mains.
Prudemment, j’allai m’asseoir à ses côtés et entrelaçai mes doigts aux siens.
Un long moment passa, le silence brisé simplement par le radioréveil qui finit par s’éteindre de lui-même.
J’ouvris la bouche, afin de rompre cet étrange silence, mais Gaby me devança :
- Hier… Tu m’as fait du mal, fit-il.
Sa voix était enrouée, faible.
- Oui, répondis-je.
- Tu n’as pas de regret, constata-t-il en détaillant l’expression de mon visage.
- Non, aucun.
Je le pris dans mes bras. Il se tint raide, sur la défensive, mais je m’en fichais.
- Hier, j’ai paniqué, avouai-je. Je ne savais pas quoi faire pour que tu réagisses… Tu étais… absent.
Je le sentis frissonner puis ses sanglots me parvinrent, étouffés. Il s’accrocha finalement à moi, de toutes ses forces et je répondis à sa détresse en l’enveloppant dans mes bras. Sa silhouette me sembla désespérément frêle et je sentis ses côtes et ses omoplates trop saillantes. L’os de sa pommette me faisait mal à la mâchoire tellement sa peau était devenue fine.
Je caressai ses cheveux, embrassai le sommet de sa tête et trop rapidement pour qu’il puisse protester, le soulevai dans mes bras et le portai à la douche.
- Prends ton temps, ok?
Il hocha la tête et je sentis dans mon dos son regard pesant, incertain et emplis d’inquiétude.
Lorsqu’il me rejoignit à la cuisine, il était lavé, coiffé et vêtu. Il eut un sourire hésitant et je lui répondis en ouvrant les bras.
Il se réfugia aussitôt contre mon torse, nichant son nez chaud dans le creux de mon cou.
- On prend la journée, lui dis-je. De toute façon, on est déjà en retard. Et personne ne nous en voudra de manquer une journée après que tu te sois évanoui la veille.
- Je me suis ridiculisé, grogna-t-il. Encore.
Je me raidis.
- Non, tu nous as fait une sacré peur. Personne ne s’y attendait. Tu t’es cogné le front contre les casiers assez fort pour inquiéter tout le monde. On t’a transporté à l’infirmerie, le temps que ton frère se pointe pour te ramener chez toi.
- Mmm… Fit-il.
- T’as une bosse, fis-je. Là.
J’appuyai sur le côté de son front et il grimaça.
- Arrête, bordel! Ça fait mal!
Il chassa ma main, agacé, et je ris.
C’était bon de le voir à nouveau ainsi; irascible et soupe-au-lait, mais en pleine possession de toute sa vigueur.
- Qu’est-ce qu’on fait, si on va pas à l’école? Me demanda-t-il en se laissant choir sur le sofa.
Je m’assis en face de lui, sur la table du salon; la nouvelle table de salon, que j’avais pris soin de choisir en bois plutôt qu’en verre. Un accident me suffisait.
- Un film? Proposai-je.
Il haussa les épaules, guère enthousiaste.
- On peut aller marcher? Il fait beau.
Il leva le nez en direction de la fenêtre, vit le soleil, les cristaux de glace à la fenêtre qui commençaient à fondre et hésita :
- On irait… faire les boutiques?
- Tu aimerais faire les boutiques?
- Pas vraiment.
- Café?
- Café. Accepta-t-il.
Au final, ce fut le café, suivit de la boutique de CDs, puis je parvins à le convaincre d’essayer quelques vêtements. Je lui dénichai un chandail de laine bleu marin et me trouvai une paire de jeans. J’avais grandit depuis mon arrivée en France et mes pantalons commençaient à être trop courts. Pas assez pour qu’on le remarque vraiment, mais concernant mon physique, j’étais pointilleux. C’était peut-être-là vanité de ma part, mais je me savais de belle apparence et je n’avais aucun scrupule à mettre cet atout en évidence, contrairement à Gaby. Du coin de l’œil, j’observai son visage de porcelaine et ses gestes gracieux. Il n’avait aucune conscience de l’image qu’il projetait, aucune conscience de sa propre beauté. Les gens voyaient d’abord sa silhouette longiligne et menue, puis sa peau laiteuse et bien sûr, l’éclat de ses cheveux pâles, balançant entre le blond doré et le blond vénitien. Et son regard.
Je n’avais jamais vu de tels yeux, immenses, mélange entre le regard liquide d’un cerf et celui, ambré, d’un fauve.
Sentant que je l’observais, Gaby se tourna vers moi et fronça les sourcils.
- J’ai quelque chose sur le visage? Me demanda-t-il en essuyant l’une de ses joues.
Je me mis à rire face à cette déclaration naïve et adorable. Gabriel se renfrogna un peu plus et je lui assurai qu’il n’avait rien d’étrange de collé sur le visage après quoi il me jeta un long regard empli de suspicion et retourna à sa lecture de l’affiche de film.
- Alors?
- Il y a de bons acteurs, fit-il, encore indécis.
- Je vais acheter les billets, annonçai-je, avant que l’envie de changer d’avis ne lui reprenne … pour la troisième fois!
Le film était bon et voir Gaby captivé à ce point par l’histoire m’arracha quelques gloussements auxquels il ne porta aucune attention. À la sortie du cinéma, il semblait encore perdu dans l’histoire.
- J’aimerais bien être comme ça, finit-il par dire.
- Comme quoi?
- Un super agent secret.
Je m’esclaffai.
- Te battre contre des super-méchants et tout le toutim?
- Pourquoi pas? Ils n’ont pas l’air de penser à leurs problèmes quotidiens, eux.
- Non, ils doivent juste penser à rester en vie.
Le visage de Gabriel changea aussitôt d’expression et je regrettai mes mots. J’ouvris la bouche, dans l’intention de m’excuser, mais il me devança :
- Tu crois que je me suis battu, pour m’enfuir de cet endroit? Me demanda-t-il.
Il s’arrêta devant une vitrine et fixa son reflet, comme s’il posait la question à celui qu’il avait été, à ce moment-là.
- Je crois que tu t’es battu à chaque seconde pour rester en vie. Je ne pense pas que tu aies déjà baissé les bras.
- Qu’est-ce que tu en sais? Peut-être que… que j’ai simplement profité d’une porte ouverte ou…
- Même si c’était le cas, l’interrompis-je, tu es toujours en vie. Tu es encore là, Gaby. Personne ne pourra jamais te traiter de lâche. Ces cicatrices, fis-je en effleurant son flanc, là où la longue striure rougeâtre et boursoufflée le marquait, sont les preuves que tu n’as jamais renoncé à te battre.
Il ne semblait guère convaincu, alors j’ajoutai :
- Combien s’en sont sortis, parmi tous ceux qui ont été portés disparus? Combien, Gaby?
Il secoua la tête, les yeux humides de larmes. Je le pris dans mes bras, embrassai le sommet de son crâne et le laissai reprendre contenance. Lorsqu’il eut cessé de trembler, il se dégagea et sourit, gêné.
- J’ai toujours l’impression de chialer, fit-il.
J’éclatai de rire et lui ébouriffai les cheveux :
- C’est le cas. T’es le plus gros pleurnichard que je connaisse!
Il me repoussa, agacé et contrarié et sa jolie bouille offusquée fit faire un looping à mon cœur. Comment résister à un visage aussi adorable?
- J’aimerais t’emmener quelque part, fis-je.
Il me jeta un regard interrogateur et je lui fis un clin d’œil.
- Pas dans un bar gay?
- Mais non! Le seul que je connaisse, de toute façon, c’est celui d’Aaron.
Il fronça les sourcils :
- C’est qui, Aaron?
- Le type qui tient le seul bar gay de tout ce patelin.
- C’est pas là qu’on a rencontré Joey et ces autres types?
Je fronçai les sourcils au souvenir de Mac et du couple de voyeurs.
- Ouais. Mais on ne va pas là. De toute façon, il est trop tôt et demain on a école. Jamie et Élodie doivent s’inquiéter.
Élodie, surtout, ne pus-je m’empêcher de penser. Elle tournait autour de Gaby comme une vraie mère poule.
- Mmm… Fit-il. Alors, où on va?
Je souris et haussai les épaules.
- Tu verras.
- Un sex-shop? Aboya-t-il en fixant la vitrine de la boutique.
Je sentis mon sourire s’élargir un peu plus malgré moi devant la fureur de Gaby. Il plissait les yeux en observant les mannequins vêtus de latex et de cuir dans la vitrine et munis de fouets. Il semblait dégoûté et curieux à la fois, incertain de la conduite à suivre.
- T’inquiète, on ne va pas la pour l’ensemble en latex. D’où tu crois qu’ils viennes, ces condoms?
Il s’empourpra et tourna les talons, furieux.
- Hors de question que je mette les pieds là-dedans!
- Allez, Gaby!
Je le rattrapai par le bout de la manche de son manteau et le forçai à me faire face. Je l’obligeai à redresser le menton et à me regarder, droit dans les yeux.
- Hier soir, fis-je, c’était incroyable.
- Non, c’était démentiel, un point c’est tout! C’était humiliant!
- C’était la meilleure baise de ma vie, lui avouai-je brutalement. J’ai de l’expérience, au cas où tu l’aurais oublié. Je suis loin d’être le genre de mec soft qui s’amuse à prendre son homme une fois par deux semaines. J’aime le sexe, je t’aime toi, et tu m’excites. Encore plus quand tu laisses ta gêne de côté, comme tu l’as fait la nuit dernière.
- Tu… Tu m’as… Tu m’as utilisé comme si j’étais… un chien!
- Oui. Et t’as aimé.
- Non! J’ai détesté!
Je resserrai mes doigts sur son menton et il grimaça, plus de colère que de douleur; Gaby, contrairement à l’image que l’on pouvait se faire de lui, était loin d’être délicat. Il était même plus brute de quoi, parfois! Les souffrances physiques avaient très peu de prise sur lui.
- Tu as aimé, insistai-je. Tu étais furieux, mais tu as joui! Qu’on mette les choses au clair : hier, toi comme moi étions dans un sale état, ok? On ne réfléchissait pas clairement. Ça a été mon erreur, j’en conviens. J’aurais pu tenter autre chose que de te prendre par force, alors que c’était ta deuxième fois seulement, mais c’est la seule chose qui me soit venue en tête à ce moment. Je reconnais que je ne m’y suis pas bien pris, mais je ne m’excuserai jamais, parce qu’au final, ça a marché. (Gaby se détourna, des larmes de colère et d’humiliation dans les yeux.) Gabriel, je suis capable de dire que tu n’es pas le genre de mec à aimer être dorloté comme une fille quand on fait l’amour.
- Ne me compare pas à une fille! Cria-t-il.
- C’est pas ce que je fais, bordel! Je te dis justement que je veux pas te traiter comme si t’étais une fille! Ça ne veut pas dire qu’on doit baiser comme des animaux tous les soirs, mais si je t’ai choisi toi et pas un autre, c’est parce que j’aime ce que t’es! J’aime ton caractère de merde! Tes foutues sautes d’humeur, ton irascibilité et même ta tendance à envoyer balader tout le monde! Si j’avais voulu d’un type efféminé qui minaude, c’est certainement pas vers toi que je me serais tourné. J’aurais pris quelqu’un comme Didier! Est-ce que tu comprends ce que j’essaie de t’expliquer?
Il fit non de la tête, mais à son air buté, je savais qu’il refusait simplement de m’écouter.
- T’es vraiment con! M’impatientai-je. Je veux d’un vrai mec! Pas d’un type au comportement de fille!
Il se raidit.
- T’as pas choisi la bonne personne, alors.
- De quoi tu parles?
Il se tourna vers moi, exaspéré :
- Je me mets toujours à chialer comme une gonzesse! Et tu m’as regardé? T’as vu à quoi je ressemble? (Il écarta les bras, comme pour me montrer l’ampleur du désastre qu’il état.)
- Vraiment, t’es une vraie tête de mule! Quand je te parle d’un vrai mec, je te parle… d’une personne qui s’assume! D’une personne qui a de la personnalité, qui n’as pas peur de se salir ni de dire ce qu’elle pense! Et en quoi ton apparence te rend-elle efféminé? Ok, t’es loin d’être baraqué, t’as autant de poil qu’un ado pré-pubère et t’es petit. Mais ça fait pas de toi un mec efféminé! Ton attitude est celle d’un mec, ta façon de parler, de te comporter, de bouger… T’es… plus gracieux et délicat que la majorité des hommes, et j’aime ça, parce que ça me donne toujours l’impression de tenir contre moi une espèce de petit chat sauvage, ris-je. (Il se renfrogna, mais je l’ignorai.) T’es tout ce que j’aime, Gaby. Et… J’aime aussi quand tu assumes niveau sexe, tu comprends? C’est normal d’avoir la frousse les premières fois, mais je veux que t’assumes que t’aimes le sexe. Je veux pas que tu te sentes… mal à l’aise avec moi!
- Je suis pas mal à l’aise!
- Si! T’as encore honte de ton corps! Tu te gardes une réserve avec moi qui ne devrait pas être là! Je veux te voir partout, te toucher partout, te voir te toucher… Je veux te baiser dans toutes les positions possibles et je veux que tu arrêtes de te retenir!
- En gros, t’es pervers.
- Je suis pervers, admis-je. Et j’aimerais beaucoup que tu le laisses corrompre! Maintenant, entre dans cette fichue boutique!
Je le poussai dans le dos et il consenti à entrer, quoiqu’avec réticence. Il resta figé à l’entrée, d’abord surpris par le vaste choix qu’offrait ce genre de boutique. Ses mains étaient fourrées dans les poches de son jeans et il cachait le bas de son visage dans le col de son manteau, mais ses yeux allaient et venaient avec une curiosité suspicieuse.
- Bonjour!
Je me tournai vers la provenance de la voix, reconnus la propriétaire et la saluai en retour. Je me dirigeai vers la section des condoms et m’emparai d’une boîte assez volumineuse.
- Tout ça? S’étonna Gabriel.
- Tout ça, confirmai-je.
- Ça a pas une date de péremption, ce truc?
- Si, mais j’ai l’intention de m’en servir avant.
Il arrondit les yeux et je ris. Je passai près de lui et sans m’arrêter ou l’inciter à me suivre, je me dirigeai ensuite vers les huiles. Gaby me suivit d’un pas trainant et tandis que je choisissais un bon lubrifiant, Gabriel se saisit d’une petite boîte noire en carton.
- De l’huile à massage? Fit-il.
Je m’esclaffai.
- Lis sur la boîte.
Ce qu’il fit et découvrant l’huile comestible à la cerise destinée aux fellations, il rougit et reposa la boîte.
- Ça t’intéresse? Demandai-je.
- Pas vraiment, marmonna-t-il, s’empourprant un peu plus de seconde en seconde. Qu’est-ce que tas pris?
- Lubrifiant et condoms.
- Mmm…
Je fis mine de m’intéressé à de l’encens et l’observai du coin de l’œil. Son regard s’était posé sur une paire de menotte et il détourna aussitôt les yeux. Ce faisant, il tomba nez à nez avec un vibrateur rose.
- Les filles s’achètent ce genre de truc? Me demanda-t-il.
- Ouais. Sexuellement, elles sont plus ouvertes que certains mecs.
Je l’emmenai dans une autre section et lui montrai quelques sex-toys.
- Ça, c’est quoi?
Je pouffai.
- Des perles.
- Ok…
- Ça se rentre ici, fis-je en glissant ma main sur ses fesses et en appuyant des doigts.
Il sursauta et se dégagea, embarrassé.
- Ha…
- Ça sert à élargir petit à petit les muscles. Ça ne fait pas mal.
- T’as déjà essayé ce truc? S’étrangla-t-il.
- Oui.
Il me regarda du coin de l’œil et je lui souris.
- Ça rend la pénétration plus facile.
- Tu… t’es fait prendre souvent?
- Assez.
- Mais… Heu…
- Tu veux essayer?
Il secoua aussitôt la tête et je vis son embarras, mais aussi sa peur. Je souris. La peur de l’inexpérience, bien sûr. La première fois que j’avais été celui qui dirige, j’avais été maladroit, incertain… J’avais surtout peur de faire mal. Je comprenais Gabriel et je savais également qu’il viendrait un temps où il voudrait échanger les rôles.
- Ok. Te gêne pas si ça te vient en tête un jour. Je préfère être celui qui mène, mais l’inverse me dérange pas.
- Ok.
En sortant de la boutique, mon sac pesait plus lourd que prévu. Face à la curiosité involontaire de Gaby devant certaines choses, j’avais décidé d’alourdir mes dépenses malgré ses protestations véhémentes. Il me jura qu’il n’utiliserait jamais pareils « trucs » et marmonna alors que nous marchions vers la station de bus que c’était complètement stupide et parfaitement « anormal ». Je restai muet tout le long du trajet, un sourire amusé aux lèvres, et il finit par se taire et s’enferma dans une bouderie gamine. À la maison, je me dirigeai vers la cuisine, laissant le sac trainer sur le sofa.
- Tu peux mettre nos « trucs anormaux » dans le tiroir de la table de chevet? Déballe-les avant s’il te plaît.
- T’as qu’à le faire!
- Je fais le souper, tu vois pas? Répliquai-je en lui montrant un paquet de viande hachée.
Il bougonna, mais s’empara d’une paire de ciseaux pour découper les emballages de plastiques et se rendit à notre chambre.
Tout à sa tâche, il ne me vit pas arriver derrière lui et sursauta lorsque je l’entourai de mes bras.
- Je sais même pas à quoi ça sert! Marmonna-t-il en me montrant ce qu’il tenait.
- Ça? Ça se met là.
J’empoignai doucement son membre au travers de son jeans et il se raidit.
- Très drôle!
- C’est vrai! Tu veux une démonstration?
- Non merci!
Je lui pris des mains le petit anneau de caoutchouc noir et l’étirai puis l’enfilai sur mon index.
- Tu me fais marcher! Ça s’étire à peine pour faire le tour de ton doigt!
- Ça sert à te faire durer plus longtemps. En gros, ça t’empêche d’éjaculer.
- Parce que tu comptes te foutre ce truc autour de la queue?
- La mienne ou la tienne, ça dépend.
Il fronça les sourcils et passa aux menottes.
- Et ça? Tu veux te faire attacher?
Je pouffai.
- Je te l’ai dit, je préfère mener.
- Pas question de me laisser menotter. Oublies. T’as dépensé ton argent pour rien.
Je pris les perles, qu’il avait déjà rangées (ou plutôt jetées au fond du tiroir de la table de chevet), et les lui mis sous le nez.
- J’ai vraiment hâte de m’en servir, avouai-je en souriant.
- Dans tes rêves.
Il s’apprêta à se lever, mais je le retins et le tirai vers moi. Il tomba sur le dos, m’invectiva copieusement et tenta de se dégager, mais je passai une jambe de l’autre côté de ses cuisses et me tins au-dessus de lui, enserrant ses poignets d’une main, l’autre occupé à caresser ses flancs sous son chandail.
- Élia, le dîner.
- Ça peut attendre.
Il frissonna lorsque j’effleurai son mamelon droit et je relevai son chandail pour aller mordiller son téton. Il se crispa sous moi, sa respiration déjà rapide.
- Ça t’a excité, tous ces trucs?
- Pas du tout!
- Tu veux en essayer un?
- Non!
Je lui mordillai le lobe de l’oreille et un nouveau frisson le parcourût. Son corps s’étira sous moi, ce qui me permit de lui retirer son chandail. J’embrassai le creux de son nombril et lâchant ses poignets, empoignai ses hanches et les serrai. Gaby se tendit sous la caresse de mes doigts et ses mains vinrent fourrager dans mes cheveux.
- Le dîner, marmonna-t-il.
- Ça peut attendre, grognai-je.
J’avais envie de le prendre, maintenant. Guère patient, je défis les boutons de son jeans et empoignant ses pantalons et ses boxers à la fois, le les lui retirai d’un seul mouvement. Il était déjà dur et sans attendre, j’engloutis son sexe. Il gémit et se crispa. Ses mains tentèrent de me repousser, mais sans conviction. Je pris ses genoux, lui écartai les jambes de force et fouillant dans notre tiroir à tâtons, trouvai le lubrifiant.
- Je peux? Demandai-je néanmoins en remplaçant ma bouche par ma main. Gaby, je peux?
N’obtenant qu’un long soupir, je versai le lubrifiant dans ma main et l’étalai entre ses fesses, généreusement, me foutant complètement du couvre-lit encore en place qui se tâcha. Ma bouche reprit sa place, mais je dus m’interrompre une seconde fois pour lui demander de relever le bassin et d’écarter ses jambes. Il s’exécuta, non sans une courte hésitation, mais il dut lire dans mon regard que s’il ne s’en occupait pas, je le ferais moi-même. J’avais envie de le prendre maintenant et je n’accepterais pas un refus. J’avais mal tant je le désirais. Je me départis de mon t-shirt, défit la boucle de ma ceinture et sans cesser de m’activer sur son membre, envoyer valser mes pantalons et mes boxers. D’un coup d’œil rapide, je repérai ce que je cherchais et m’en emparai.
Lorsque Gabriel sentit la première perle pousser sur son sphincter, il se raidit et émit un long râle. La première boule, petite, entra facilement. Je poussai pour faire entrer la seconde, à peine plus grosse et elle suivit aisément. La troisième et la quatrième lui arrachèrent une légère grimace, mais le lubrifiant aidant, il se détendit rapidement. À la cinquième, j’y allai plus lentement, avec moins d’empressement et elle disparue à son tour.
- Comment c’est? Haletai-je.
- Bizarre, gémit-il. Haan!
Je souris en le voyant agripper l’oreiller derrière lui alors que la sixième était à son tour acceptée. Plus que quatre.
Je forçai la septième et malgré son mouvement de douleur, fit suivre la huitième. Je la ressortis presque aussitôt puis la réinsérai et refit ce manège trois ou quatre fois, jusqu’à ce qu’elle le
pénètre facilement. La neuvième fut donc plus facilement acceptée je répétai le mouvement de vas-et-viens. La dixième lui arracha un gémissement, mais plutôt que de la retirer, je la laissai en
lui et ne fit que tirer sur la petite corde qui reliait les perles, assez pour qu’il la sente ressortir de moitié, mais pas assez pour la déloger.
Il se mit à gémir et je repris ma fellation.
Au moment où je le sentais jouir, je tirai sur la petite corde et les dix perles glissèrent hors de son corps. Il cria et s’arqua, relevant les hanches. Ma langue fut recouverte de semence qui coula dans ma gorge lorsque j’avalai.
Gabriel haletait, le regard vide. Son corps tremblait encore.
Sans attendre, je pris ses jambes, mis ses chevilles sur mes épaules et l’attirant jusqu’à l’extrême bord du lit, je le pénétrai d’un mouvement ample. Il émit un long râle de plaisir et me penchant sur lui, j’agrippai ses poignets. Nos nez se touchaient presque et les yeux rivés à son visage, je parvenais à saisir chacune de ses expressions. J’allais vite, mais lorsqu’il serra les dents et se tendit, j’augmentai la cadence, sans plus de retenue. Mon membre glissait facilement en lui et couverts de sueur, nos deux corps semblaient n’en être plus qu’un seul.
- Gaby… Grognai-je.
Il pleurait et gémissait à la fois, émettant de petits cris chaque fois que le bout de mon sexe rencontrait un point particulièrement sensible. Il ne cessait de lutter contre moi, comme pour prendre le dessus de nos ébats, ou alors pour s’accrocher à moi, mais je maintins ses poignets plaqués contre le matelas. Lorsqu’il joui, tout son corps frémit. Un jet de sperme nous arrosa. Je poursuivis mes vas-et-viens, jusqu’à atteindre, moi aussi, mon septième ciel et inondai son intérieur. En me retirant, un peu de semence coula. Épuisé, je me laissai retomber sur lui, me retenant légèrement des avant-bras pour ne pas l’écraser sous mon poids. Il respirait vite, se remettant de la vague de plaisir qui l’avait envahi.
- Je t’aime, chuchotai-je.
Il tourna des yeux vitreux vers moi.
- Va te faire foutre, soupira-t-il. Puis il éclata de rire et roula sur le flanc.
J’ignorais comment réagir à ce genre de réponse et je m’assis, dubitatif.
- Est-ce que…
- Va te faire foutre, reprit-il. T’as laissé brûler le diner!
Une odeur de fumée me parvint effectivement et je bondis hors du lit, nu comme un verre en jurant tandis que le rire de Gaby me poursuivait jusqu’à la cuisine.
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires


Derniers Commentaires